Editions de La Pierre Verte
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La récupération de l'eau de pluie
Récupérer l'eau de pluie a plusieurs avantages : qualité de l'eau, économies sur la facture, meilleure efficacité des lavages, renouvelabilité infinie et même un soulagement des évacuations pluviales capable de favoriser de salutaires changements dans notre politique d'assainissement nationale. Qualité, économies, respect de l'environnement. Rappelons que l'un des plus importants problèmes concernant l'évacuation des eaux est celui de la régulation des flux en zone urbaine, dû aux quantités formidables d'eau de ruissellement captées par les surfaces étanches des toits, parkings, routes, etc. On sait que, à la suite d'orages, les flux surabondants génèrent des pollutions entre les réseaux, mélangent les pollutions domestiques avec les pollutions d'origine automobile en les rendant difficiles à traiter et obligent enfin à la création de canalisations et de nouveaux bassins de retenue gigantesques et onéreux. Près de la moitié des coûts de traitement des eaux viennent ainsi des problèmes de flux d'eaux pluviales. C'est au point qu'en Allemagne les taxes locales sont minorées si l'on récupère son eau de pluie. S'équiper à la maison d'un tel système a donc plus d'un avantage. Que ce soit pour soi-même, pour son porte-monnaie ou pour la collectivité, la récupération de l'eau de pluie est un excellent investissement. Et même si l'on préfère boire de l'eau sans prendre aucun risque, il faut se rappeler que nous n'avons besoin que de deux litres d'eau de boisson par jour au maximum, ce qui représente soixante litres par personne et par mois seulement.

La rentabilité de la récupération de l'eau de pluie est variable selon les endroits. Si l'on parvient à économiser les trois-quarts de sa consommation d'eau d'adduction, il reste néanmoins les frais de l'abonnement et il faut donc ne compter que l'économie sur les mètres cubes. Admettons que la consommation soit réduite de cent mètres cubes d'eau par an dans de bonnes conditions, c'est-à-dire avec des robinets économiseurs et la récupération de la pluie, l'économie variera de quatre-vingts euros à près de cinq cents selon les régions. Oui, c'est l'échelle de disparité des tarifs, la moyenne nationale étant à deux euros cinquante le mètre cube, ce qui donne environ deux cent cinquante euros d'économie annuelle pour la plupart d'entre nous. Un équipement de récupération d'eau n'est pas ruineux : un bac de décantation, un gros filtre placé avant une cuve en béton de cinq mille litres avec regard et trop-plein, et une pompe performante, le tout pour mille à mille cinq cents euros. Soit, selon le cas, un amortissement entre trois et dix ans, cinq ans en moyenne. Si l'on parvient à se passer de l'adduction, l'amortissement sera de soixante à cent cinquante euros supplémentaires chaque année, correspondant au prix de l'abonnement, mais le réservoir devra être trois fois plus grand.

Voilà donc un aspect de la construction d'une maison qui mérite qu'on s'y intéresse tout de suite. L'expérience est tentante mais elle demande quand même une adaptation du projet architectural pour être réellement efficace. De l'implantation de la cuve de stockage à l'aménagement d'une station de potabilisation en passant par l'adaptation des gouttières et la pose de filtres efficaces, récupérer de l'eau de pluie est une affaire assez technique. Par contre, si l'on se contente de récupérer l'eau pour l'arrosage du jardin, de simples bidons installés à l'ombre et au frais suffiront. C'est un équipement très simple à réaliser et quasiment gratuit avec la récupération de gros récipients. À peine amélioré, il peut également alimenter les wc, un bon quart de notre consommation.

Le bidon de deux cents litres est une des idoles de l'autoconstructeur. Si l'on demeure près d'une usine agro-alimentaire, on peut en demander, en plastique alimentaire, reçus en livraison des ingrédients de fabrication. Sinon, certaines solderies de matériaux en vendent à bas prix, dix euros pièce et six pour le prix de quatre à Montauban, par exemple. Ces soldeurs font leur publicité dans les magazines gratuits. Avant d'utiliser un bidon qui ne serait pas en plastique alimentaire, il conviendra de le nettoyer au solvant du produit qu'il contenait, puis de le laver longtemps à l'eau de Javel. Ensuite, il sera percé selon le plan de montage prévu, et enfin, peint à la peinture alimentaire. Les bidons peuvent être montés en série et reliés ensemble. Selon le principe des vases communicants, une vingtaine de ces bidons reliés entre eux stocke quatre mètres cubes. L'eau des bidons sera mieux protégée s'ils sont enterrés dans le sol, avec quelques centimètres seulement qui dépassent, et recouverts de bouchons.
On trouve maintenant dans le commerce des réservoirs en plastique, souvent habillés d'un joli coffre de bois, équipés des raccordements et robinets nécessaires pour stocker un peu d'eau de pluie et s'en servir à l'arrosage. On les pose dans le jardin, près des descentes de gouttières. Phénomène de mode passager ou bien signe timide d'un changement concret de nos modes de vie ? Le simple fait que ce genre de produit soit commercialisé indique que des prises de conscience s'opèrent. Espérons qu'il s'en vendra des millions.

L'idéal est de récupérer l'eau ruisselant de la toiture car c'est la seule façon de disposer de quantités suffisantes pour atteindre une certaine autonomie. De plus, récupérer l'eau tombée au sol présente trop de dangers microbiens ou toxiques, celle des toitures végétales aussi. Dans la plupart des régions françaises, un toit de cent mètres carrés récupère au moins soixante mille litres d'eau par an. Si l'on veut calculer précisément le potentiel récupérable en toiture, il faut savoir que la surface du toit doit être projetée à l'horizontale. C'est-à-dire que, pour une maison de cent mètres carrés au sol, la toiture, penchée, a une surface supérieure mais, pour nos calculs, on prendra les cent mètres carrés qui représentent la surface du toit projetée au sol et si les toits ont de grands débordements, leur surface projetée sera supérieure à la shon. Enfin bref, projection horizontale du toit, ok ? Sachant qu'un mètre carré récupère un litre d'eau par millimètre de précipitation, il suffit de trouver la carte météorologique des pluies du secteur pour connaître le potentiel d'eau disponible. Le calcul est le suivant : surface projetée du toit x précipitations annuelles = litres. Mille litres valent un mètre cube. Dans les régions de montagne, on récupèrera près de deux mètres cubes d'eau par mètre carré, soit cent soixante à deux cents par an sur un surface de cent mètres carrés. Idem à Rostrenen, Finistère. En Aquitaine, Bretagne côtière et Normandie, on peut compter sur cent à cent cinquante mètres cubes par an, la consommation d'une famille normale. Dans le Bassin parisien, la plaine d'Alsace et sur le pourtour méditerranéen, les régions les plus sèches de notre pays, ce seront par contre de quarante à soixante mètres cubes seulement. Dans tout le reste de la France, on peut compter sur soixante à quatre-vingts mètres cubes d'eau de pluie par an.

La qualité de la couverture du toit est importante. Il semble bien que seules les tuiles d'argile cuite ne présentent pas d'inconvénient pour la récupération de l'eau de pluie. Les toitures en zinc ne devraient pas poser de grave problème non plus mais, d'une façon générale, toute toiture métallique dégagera des ions métal plutôt embêtants. Le plomb est interdit comme les revêtements synthétiques qui présentent, eux, des risques sérieux, ces matériaux étant instables dans le temps et pouvant contaminer l'eau récupérée. De même avec les toitures en amiante-ciment qui dispersent leurs microfibres. Quant aux tuiles bitumées, appelées quelquefois shingle, elles colorent l'eau en jaune et dispersent leurs composés aromatiques, elles aussi, au moins pendant les premières années, produits qui donnent un goût de goudron à l'eau et qui sont reconnus comme carcinogènes à forte dose. Pour finir, les bardeaux de bois semblent bien ne présenter aucun inconvénient connu. D'ailleurs, à la campagne ou dans les montagnes, les conduites d'eau que les paysans faisaient eux-mêmes étaient presque toutes en bois, qui se vermoulait avec le temps, devenait glissant et verdâtre mais toujours fonctionnel et parfaitement biotique.

L'installation des gouttières est particulière. Elles seront couvertes d'un treillis métallique fin pour empêcher que des impuretés ne rejoignent la citerne. L'idéal serait des gouttières et leurs descentes en grès vitrifié.

Les arrivées à la cuve seront finement grillagées pour la protéger de toute contamination par la chute d'un animal dans l'eau ou toute pollution accidentelle. On a tout intérêt à équiper l'arrivée d'eau à la cuve d'un filtre capable de ralentir le flux et de le nettoyer. Il devra donc être d'assez grande capacité et son fond sera garni de gravier, de sable et de charbon de bois stérilisant. L'eau se débarrassera des impuretés en le traversant et parviendra doucement à la cuve sans provoquer de remous. C'est important car l'eau se décante dans la cuve et forme une couche sédimentaire dans le fond qu'il faut éviter de remuer.
Il existe dans le commerce un système spécial pour la récupération d'eau de pluie, une sorte de manchon ressemblant à une rape à gruyère cylindrique fixé à l'intérieur d'un morceau de tuyau du diamètre de la descente de gouttière et équipé d'une sortie à brancher sur la canalisation d'arrivée à la cuve. Ce manchon se pose sur chaque descente et capte l'eau par une sorte de capillarité. L'avantage de ce système est que l'eau étant filtrée dès le départ, aucune particule de plus de quelques dixièmes de millimètres ne passe. Ce système peut éviter le grillage sur les gouttières, la fosse de décantation et le gros filtre. Il est très facile à installer, juste une découpe dans la descente de gouttière. Il a l'autre avantage de ne pas fermer ni rétrécir le diamètre de la descente, et les feuilles, mousses et déchets partent dans l'évacuation comme d'habitude. Par contre, ces manchons de récupération n'ont qu'un rendement partiel et conviennent mieux au remplissage d'une petite cuve.

Dans la cuve, n'en parviendront que quatre-vingts pour cent à cause de l'évaporation et de quelques pertes inévitables dans l'installation. Une mauvaise étanchéité de la cuve de stockage peut dégrader encore ces performances, avec, de surcroît, le risque de perturber le terrain autour de la cuve, c'est-à-dire pas très loin des fondations de la maison.

Concrètement, il s'agit aussi d'installer une grande cuve de stockage. Le mieux est de l'enterrer car elle restera à bonne température mais le volume de l'excavation est énorme pour accueillir une citerne de dix à vingt mètres cubes de contenance. C'est donc au moment du creusement des fondations de la maison qu'il est le plus astucieux d'aménager ce grand trou, lorsque la pelleteuse est sur place. Son emplacement devra être proche de la maison pour simplifier la tuyauterie, au nord si possible pour rester au frais. Il est intéressant de mettre en place des plantations ombragées couvrant l'emplacement, des bambous ayant l'avantage de ne pas perdre leur feuilles. On devra aussi prévoir un drainage performant du terrain à un mètre tout autour de la cuve, ainsi que la disposition optimale des canalisations du trop-plein, et même l'emplacement d'un cabanon bien isolé du froid qui accueillira la pompe, les appareils de filtration et un petit matériel d'analyses. Le trop-plein ne devra pas conduire aux égouts pour éviter toute contamination, l'idéal étant d'installer un réseau d'épandage souterrain de l'eau en excès, vers la pelouse ou le potager.

La capacité du réservoir, de dix mille à vingt mille litres, peut paraître importante mais c'est la taille correcte pour tous les usages, en totale autonomie dans une région sans période de sécheresse. Le calcul est le suivant : la citerne doit contenir l'eau utilisée par la famille pendant quatre mois, l'arrosage du jardin étant fait avec des eaux usées. On diminue cette contenance de la moitié de la pluie normalement récupérable en été. Bien entendu, si la réserve est vide à la fin de l'été, il est bien pratique d'être encore connecté au réseau. Heureusement, des systèmes de plomberie très simples, avec clapets anti-retour obligatoires, permettent une alimentation mixte. Alors, on peut construire une citerne plus petite, ce qui est plus simple.

Un bon compromis pour obtenir une économie maximale avec des moyens limités est de compter environ mille deux cents litres par personne. Cinq mètres cubes pour une famille de quatre, avec le maintien de l'adduction sur le réseau collectif. Des citernes en béton préfabriquées existent et l'alcalinité de leur matériau est compensée par la légère acidité de l'eau de pluie. Par précaution, acheter du matériel labélisé. Une citerne de cinq mille litres coûte mille euros environ. Certaines sont équipées de dalles filtrantes, un moyen très pratique de filtrer l'eau avant qu'elle ne se stocke. Des réservoirs en matière synthétique peuvent faire l'affaire dans certains cas et on préférera alors, pour des raisons écologiques déjà vues, les citernes en polypropylène à celles en pvc. Mais ces citernes synthétiques ne seront pas capables d'équilibrer le pH de l'eau recueillie comme le font les citernes en matière minérale et elles ne présentent pas toutes les garanties souhaitables.

Fabriquer sa citerne soi-même est une véritable aventure. Les contraintes mécaniques sont importantes et ce projet exige une étude correcte de la solidité. Néanmoins, c'est faisable, l'équivalent de la construction d'une petite pièce, pour un coût très bas. Les parois devront être étanchéifiées avec un enduit à la fois durable et biocompatible. Anne Rivière, de l'association Eau Vivante, utilise une bonne couche de chaux aérienne sur les parois, puis elle étanchéifie avec une préparation à base de cire d'abeille dont elle a le secret. Les difficultés lorsque l'on veut faire sa cuve soi-même viennent de la solidité de l'ensemble et de son étanchéité. Certes, pour la solidité, l'eau à l'intérieur compense les efforts de la terre sur la citerne mais, quand elle se vide, alors elle devient fragile. Quant à l'étanchéité, c'est le problème principal. Si la citerne fuit, elle trempera le sol alentour et le rendra instable au point que tout s'écroulera. Il faut se rappeler que l'eau, un peu douce, va dissoudre progressivement le revêtement intérieur s'il est basique, comme le sont le calcaire, la pierre, le plâtre et un peu tous les matériaux minéraux, d'où ces problèmes d'étanchéité presque inévitables. Le manuel pratique Questions d'Eau d'Antoine Laborde et Janus Motec aux Éditions Alternatives, malheureusement épuisé, ouvrage complet pour autoconstructeurs passionnés, indique que les citernes devraient être construites en briques de terre cuite, pour des raisons de solidité et de biocompatibilité, mais surtout parce que les briques, une fois humides, forment une barrière étanche efficace. Si l'on craint de se tromper, il est peut-être plus prudent d'acheter une citerne préfabriquée en prenant garde à la qualité de son béton.

De toute façon, on veillera à ce que le réservoir ne se vide pas complètement. Pour conserver l'installation en bon état, mieux vaut le remplir avec de l'eau d'adduction quand le niveau baisse trop. Ce remplissage devra se faire par un écoulement de robinet au-dessus de la citerne et non par un tuyau plongé dans l'eau car les microbes sont capables de remonter le courant, des refoulements sont possibles, et des contaminations peuvent donc atteindre l'adduction.

L'eau du réservoir devra être à l'abri de la lumière pour éviter la formation d'algues et de germes. Sa température ne devrait pas dépasser quinze degrés.

La mise sous pression de l'eau au robinet par une pompe est préférable que de s'en remettre à la gravité, pour des raisons de confort et de sécurité. La pompe devra être d'excellente qualité, près d'un tiers de l'investissement total, sinon des réparations ont lieu constamment. Tous ceux qui en ont fait l'expérience le confirmeront. Les parties en contact avec l'eau devront être inoxydables. Les pompes marines manuelles sont moins onéreuses, très fiables et assez efficaces mais elles exigent un peu d'huile de coude.

D'une façon générale, on évitera tout contact entre le réseau de récupération d'eau de pluie et celui d'eau d'adduction. C'est interdit et d'ailleurs les systèmes de connexion mixte ont l'obligation de la pose de clapets anti-retour. Les robinets où parvient l'eau récupérée devront être repérés, ainsi que les tuyauteries de ce réseau, avec des marques visibles et indélébiles. Par prudence, les robinets concernés auront une poignée démontable, particulièrement au jardin, pour éviter que les enfants ne s'y abreuvent. Seules les eaux filtrées par charbon actif ou osmose inverse ne nécessiteront pas de signalisation.

On craint souvent que l'eau de pluie ne soit pas aussi saine que l'eau du robinet. C'est dommage car l'eau de pluie est assez parfaite quant à son pH, à peine douce, tandis que l'eau de distribution est souvent trop acide ou trop basique, trop douce ou trop dure. Comme indiqué par Annette Elens-Kreuwels ci-avant, l'eau de pluie est plus saine et moins contaminée que l'eau de distribution et on a donc tout avantage à s'en servir. Elle est idéale pour l'arrosage du jardin et les différents lavages. Pour l'utiliser à la cuisson des aliments et à la boisson, il est inutile de la traiter, une simple filtration par céramique et charbon actif suffira. La cuisson des légumes à l'eau de pluie conserve leur croquant et l'eau de pluie a de bonnes qualités gustatives, on dit organoleptiques. Pour les perfectionnistes, toute garantie sera prise avec l'installation d'un osmoseur. Rappelons quand même que l'eau sortie d'un osmoseur est comme de l'eau distillée et que son absence totale de minéralisation représente un risque pour la santé. La consommation d'eau osmosée lors d'un régime amaigrissant peut mettre la vie en danger. Quel que soit le filtre, on le placera dans un endroit où règne une température inférieure à dix-huit degrés pour éviter la prolifération de germes. Pour la même raison, on évitera les filtres placés dans des boîtiers transparents pour leur surveillance, ou bien on les abritera de toute lumière dans un placard bien fermé.

Finalement, pour réussir sa citerne d'eau de pluie, sa mise en service, son entretien et sa gestion, toutes choses assez complexes à détailler, suivre un stage de formation est une bonne idée. Il faut avoir une petite science de l'eau si on ne veut pas qu'elle tourne ou devienne trouble. Un stage de quelques jours évitera la plupart de ces erreurs qui découragent et font même renoncer parfois à un projet aussi noblement écologique.
 
 
 
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