Editions de La Pierre Verte
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Construire écologique, pourquoi ?
 
Nous entrons dans le vingt et unième siècle et le droit à un habitat de qualité est loin d'être acquis pour tous. Le bruit, par exemple, est considéré par une majorité de gens comme la plus grande nuisance. Et lorsque l'on sait que plus de trois cents mille logements subissent encore un niveau acoustique de plus de soixante-dix décibels le jour, on voit qu'il reste beaucoup à faire pour que chacun puisse se sentir bien à la maison.

Le bruit est une nuisance palpable que chacun ressent immédiatement. Il est par contre de nombreuses pollutions plus discrètes qui remettent en cause notre santé elle-même. Là, c'est le comble ! Une maison se doit d'être un abri, pas le lieu de tous les dangers ! Pourtant, avec les formaldéhyde, benzène, lindane, toluène, radon, fibres minérales, fumées, acariens, électricité statique, champs électromagnétiques et j'en passe, il existe toutes sortes de raisons domestiques de tomber malade ou de voir son immunité naturelle dégringoler.

Mais ce n'est pas tout. Les volumes de matières premières utilisées, leur transport, leur transformation en matériaux de construction, leur mise en œuvre, puis, plus tard, leur élimination, représentent une activité économique majeure, avec des conséquences importantes et néfastes sur notre environnement. Or, si nous étions des poissons dans une eau intoxiquée, nous voudrions seulement changer de bocal, tandis que pour nous, humains, impossible de changer de planète, alors qu'hélas, par exemple, l'on décèle partout une quantité inquiétante de fibres de laine de verre dans l'air, même au sommet des Alpes.

Les études médicales ou environnementales sont claires et éloquentes : un habitat mal réalisé nuit à la santé. Il peut aussi défigurer un paysage, gaspiller de l'énergie, accentuer l'effet de serre ou dégrader les ressources naturelles, l'eau par exemple. À l'inverse, l'utilisation de bois dans la construction fixe le CO2 pour le plus grand bien de notre atmosphère, celle de la terre évite toute chimie, celle des isolants naturels préserve l'air, celle de toilettes sèches respecte les cycles biologiques, etc. Construire intelligemment et en conscience peut réduire concrètement l'impact négatif des humains sur les équilibres de la nature, sans rien sacrifier du confort ni de la qualité de vie.

Il en va de même pour l'esthétique dont nos contemporains semblent se soucier si peu, au vu de ces lotissements où tous les pavillons se ressemblent, sans recherche, sans personnalité, alors qu'il est si simple de leur donner un cachet à soi.

Tout est question de choix. Si bien que vivre et agir en harmonie avec l'environnement ne demande qu'une chose : un certain savoir. Être bien informé, connaître les alternatives les plus récentes comme les traditions qui ont fait leurs preuves, voilà comment chacun trouvera son propre chemin, hors de sentiers qui ne sont pas seulement battus mais visiblement dangereux pour les temps à venir.

Seulement voilà : à vouloir être le plus écolo possible, on se trouve vite entraîné par une quantité de devoirs à satisfaire sans faille ni répit pour vivre en total respect de la nature (oh, comme "total" sonne faux à côté de "respect de la nature"!). Vivre en bonne écologie, c'est difficile. Comment éviter les erreurs involontaires, les embûches imprévues, les pièges quelquefois subtils ? Comment être sûr de la qualité d'une marchandise si l'on n'en connaît pas jusqu'au procédé de fabrication ? Comment ne pas polluer ? Ne pas être pollué ?

Construire sans détruire

De fait, agir, c'est toujours changer son environnement, et un projet d'habitation aura des conséquences en amont et en aval, c'est fatal… Le but premier de cet ouvrage est précisément de vous aider à y voir plus clair et à éviter les erreurs les plus conséquentes. Car, rassurons-nous, se loger sans dommage pour l'écosystème et la santé est possible.

Pour cela, il faudra d'abord employer des matériaux naturels, économes en énergie à la production comme au transport et à la mise en œuvre, mais aussi faciles à recycler, voire biodégradables. C'est le premier critère et le rêve serait une maison qui puisse être compostée après usage. La construction avec des produits végétaux ou animaux est seule à pouvoir répondre à cette exigence. Car, même si la terre cuite retourne un jour à la poussière, elle exige des volumes d'énergie pour l'extraction, la cuisson et le transport, l'énergie dite "grise", qu'une yourte en laine de mouton ou une maison en bambou-poussé-par-là économiseraient.

Mais nous ne sommes ni en Mongolie, ni au Cambodge et il fait bien froid l'hiver chez nous. Aussi l'adoption des commodités modernes comme l'eau, l'électricité, le chauffage, demande-t-elle un gros-œuvre résistant, ceci nous incitant, à tort bien souvent, à bâtir en dur, comme on dit. Sans bâtir en mou pour autant, il existe des milliers de solutions plus intéressantes les unes que les autres pour construire son nid, quelquefois si simples ou astucieuses qu'on a du mal à y croire. Des solutions propres, sans technicité, issues de traditions éprouvées et qui ne demandent qu'à se répandre, qu'on les montre et redémontre, malgré le peu d'intérêt que leur portent les professionnels.

Tant de savoirs perdus !

Des solutions écologiques pour le bâtiment, c'est devenu quasi ésotérique... Certaines recettes circulent de bouche à oreille entre initiés. Quelques livres pour chevronnés existent mais, chacun prêchant pour sa paroisse, peu d'ouvrages généralistes sont disponibles. Pourquoi et comment utiliser une technique plutôt qu'une autre ? Où sont donc les vieux qui savaient ? Alors qu'avant, dans le Midi par exemple, les gens faisaient leurs adobes en famille, ces briques pleines de terre crue moulées à la main et séchées à l'air que l'on retrouve dans toutes les vieilles maisons du Sud-Ouest, que reste-t-il de ce savoir en dehors des usines ? Et la chaux ? Combien savent encore l'utiliser correctement ? Le pont du Gard tient depuis deux mille ans avec ses mortiers de chaux, tandis que l'enduit de ciment du garage de tonton donne déjà, après une vingtaine d'années, de curieux signes de pourrissement. Alors, pourquoi donc le plus costaud est-il délaissé jusqu'à l'oubli ?
 
 
 
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