Editions de La Pierre Verte

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Écomatériaux de construction
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LE BÉTON-ROI

Pour toutes ces raisons, la plupart des écologistes s'opposent à l'hégémonie bétonnière. Historiquement, l'emploi quasi généralisé des mélanges (mortiers) au ciment s'est imposé par étape. Lors de la guerre 14-18, cinquante mille menuisiers et charpentiers de France ont été mobilisés pour construire les tranchées. Peu sont revenus. Alors que l'on construisait beaucoup en bois aux siècles d'avant, la France du vingtième siècle est allé chercher des bâtisseurs pour réparer les dégâts commis par les marchands de canon et explosifs. En suit une grande vague d'immigration italienne. Or, au pays de Venise, Florence, Rome, le marbre, la pierre, la chaux, on connaît très très bien. Voilà pourquoi la France a été entièrement refaite au mortier de ciment et au béton.

Cinquante années qui ont fait la fortune des groupes cimentiers français. De rachat d'entreprise en prises de participation, les ciments Lafarge, par exemple, sont devenus un des piliers de notre industrie. Ils sont partout dans le monde, avec une politique de conquête parfois (voir en Indonésie). Les enjeux sont maintenant mondiaux. Qu'en est-il ? Dans le cadre de la construction européenne, et donc de la spécialisation de chacun des pays (les olives à l'Espagne, les avions et la pharmacie à la France, les machines à l'Allemagne, etc), la lutte pour la fabrication des matériaux de construction en Europe oppose le ciment français à la brique allemande, avec quelques outsiders comme la chaux grecque ou italienne, la pierre des uns, l'argile des autres. La France comptait des milliers de briqueteries et tuileries. De l'argile, de la forêt et voilà. Mais ce secteur s'est industrialisé et on importe maintenant des monomurs allemandes, plus aucune chaux grecque (dommage, c'était la meilleure), du bois du nord, etc. Pour permettre l'industrialisation de la filière du liège par le Portugal, par exemple, on a cessé d'exploiter toutes les suberaies françaises, marocaines et méditerranéennes. Pour que l'Italie aie sa place avec la chaux, on a fermé ces dernières années tous les fours grecs. En France, il n'en reste que peu, des chaufourniers.

Pour la France, rassurez-vous, les cimenteries tournent encore bien. Lafarge est toujours au CAC40, il est le leader mondial du ciment avec 16 milliards d'euros de chiffre d'affaire et 14 milliards d'euros de capitalisation boursière. Grâce à un lobbying soutenu, il s'est vu attribuer la fourniture en ciment de tout le béton national : les autoroutes, les collèges, les ponts, les canalisations, les poteaux électriques, les parkings, les centrales nucléaires, les barrages, les digues, les traverses de chemin de fer, les bordures de route, les lignes TGV, du béton, du béton, encore du béton... On prend une montagne, on la concasse, on malaxe avec un tiers de ciment et on en vend à tout le monde. Quelques travailleurs sans papier dans les carrières, quelques conducteurs d'engins, trois ingénieurs par ci par là et bingo ! Vous imaginez la quantité de ciment !

Le ciment est aujourd'hui omniprésent dans la construction et, s'il n'avait que des qualités, le présent site Internet n'aurait plus beaucoup de raisons d'être. Malheureusement, le béton de ciment est là... typiquement industriel, néfaste à la diversité, à la culture, à l'environnement et même à ceux qu'il est censé abriter. Il ne pourra donc plus très longtemps rester le matériau moderne par excellence. Pour retrouver un habitat de qualité, il devra céder sa place et le plus tôt sera le mieux. Précisons que l'on parle ici de béton de ciment, celui dont on fait le "bloc béton" ou parpaing, objet d'une publicité mensongère qui refait périodiquement surface dans les medias.


Le béton industriel, star mondiale

"Comme le MacDo et le Coca-Cola, le béton (de ciment) est une star mondiale. Présent partout, il occupe en maître la planète Bâtiment. Il semble avoir toujours été là. N'obéissant à aucune mode, éternel, invariant, neutre, il s'est répandu sans bruit et est peu à peu apparu comme le totem contemporain, le représentant parfait de la modernité lisse et propre. Il siège, il trône, il règne. Le béton a différents costumes. Il est banché ici, moulé là, coloré ailleurs. Il est proposé en vrac à la toupie ou bien en petits modules appelés parpaings, blocs, agglos, moellons et bien d'autres noms encore. Et pourtant ce n'est pas l'élégance du béton qui fait sa séduction, ce n'est pas non plus son toucher délicat, son respect de l'environnement, sa contribution à la biodiversité, l'étendue de sa culture ou son antériorité constructive. Non, ce qui séduit chez le béton, c'est le fric.

Très facilement industrialisable et ingénieurisable, le béton est enseigné vite fait bien fait aux ouvriers sans qualification. Avec lui, le savoir-faire est surtout nécessaire au stade du projet et bien moins sur le chantier. On peut donc concentrer la connaissance et les salaires sur une petite minorité d'acteurs en laissant des revenus minimaux aux bataillons de main-d'œuvre. Afin de bien rentabiliser le système, il est nécessaire de se lancer dans la production de masse. L'Europe au lendemain de la guerre, grâce aux HLM et aux équipements publics comme les écoles, ponts, hôpitaux, salles des fêtes, centrales nucléaires et autoroutes, a ouvert complaisamment un marché à une échelle parfaitement dimensionnée pour les objectifs de l'industrie. De même dans la construction moderne des pays communistes où tous les équipements publics sont en béton. Par contre, aux États-Unis et en Australie où aucun effort de reconstruction après la guerre n'a été nécessaire et où on ne pratique que peu de politiques d'équipements publics ou sociaux, le béton est surtout employé dans les quartiers d'affaires, pour élever le somptuaire du capitalisme au plus près des cieux.

Fort de cette réussite économique, le béton en est venu à représenter le symbole du succès. Reconnu sur les cinq continents, plus haut que les autres, adopté par les puissants de la planète, disponible à proximité, d'un prix au mètre carré imbattable, il s'est insinué dans toutes les pensées comme le matériau de construction de référence. Que deviennent alors les mille et une pratiques constructives locales, à base de matériaux premiers cueillis dans l'environnement proche, encore généralement employés au début du vingtième siècle ? Qu'en restera-t-il à la fin de celui-ci ? Cent siècles d'histoire de la construction vont-ils décliner et disparaître en deux petits siècles sous le rouleau compresseur de l'économie, installant le béton en idole d'une monoculture architecturale intensive ?

Le béton über alles a un talon d'Achille. Son prix très bas est fonction de deux critères : faible coût de la main-d'œuvre par la généralisation des machines et faible coût de l'énergie nécessaire à ces machines. On ne voit pas pourquoi les salaires viendraient à s'améliorer mais on imagine facilement que le prix de l'énergie pourrait considérablement augmenter. Or le béton, ce n'est pratiquement que de l'énergie : extraction, cuisson, transport, mise en œuvre et utilisation consomment d'énormes quantités de pétrole. La géopolitique, la limitation prochaine des ressources ou la lutte contre l'effet de serre pourraient remettre en cause la situation actuelle. D'autant plus que les constructions en béton, pour être à peu près vivables dans une période de renchérissement de l'énergie, devront subir des aménagements importants et seront donc moins rentables encore. C'est à ce moment-là qu'il faudra peut-être se souvenir des techniques pour bâtir avec de la terre, du bois, de la pierre ou de la paille."


Pour une question de vocabulaire, précisons que le mot béton recouvre toutes sortes de recettes et qu'il existe aussi des bétons écologiques, avec de la chaux, de la terre, des graviers, des fibres, de la chamotte, etc.

 

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LE BÉTON, QU'ES AQUO ? UN PASTIS ?
Quand on mêle des pommes avec un feuilleté à la graisse d'oie, on cuisine un pastis, dessert gascon absolument délicieux. Pastis, béton, ces mots veulent traditionnellement dire mélange. Mélange d'eau et d'anisette pour l'apéritif, ou bien de sable, ciment et eau pour construire des ponts et des habitations. Il existe des bétons spéciaux pour fabriquer des poêles à bois, un mélange savant et secret qui permet l'accumulation de la chaleur. Il existe encore des bétons végétaux pour construire des maisons saines et naturelles. Eh oui : un béton, c'est un pastis, con !

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