Editions de La Pierre Verte

Tout sur l'Ecoquille

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Les bottes ou ballots de paille

La mise en œuvre :

ImageL'une des difficultés rencontrées par les constructeurs de murs en ballots de paille est d'en trouver qui soient bien adaptés, c'est-à-dire assez petits, rectangulaires et bien serrés. La paille de seigle est conseillée, mais toutes les céréales peuvent convenir. On ne trouve pas encore les bottes de paille chez les revendeurs de matériaux, mais, en cherchant un peu, on trouve d'anciennes botteleuses. Ou bien, on peut demander à un agriculteur de les préparer avec une machine qui fera des bottes de petites dimensions. Mieux vaut s'y prendre quelques mois à l'avance et expliquer pourquoi et comment l'on souhaite ses bottes. Le coût varie d'un à trois euros l'unité, selon la demande et le transport, mais il n'en faut pas tellement pour construire une maison, cinq cents en moyenne. Si vous avez de la famille dans l'agriculture, ce sera probablement le tout pour presque rien : un petit cadeau et les frais du transport.
 
Il est indispensable de travailler avec des bottes bien sèches, propres, sans traces de moisissures ni de pourrissement, et de les garder protégées. Elles sont utilisées à plat, sur le champ et parfois debout. Pour couper une botte en deux, on la ficelle à la longueur choisie avec de la corde et une très grosse aiguille improvisée, puis on coupe les ficelles d'origine. La portion de botte que l'on a ficelée reste telle quelle, identique aux autres mais raccourcie. Cette technique est surtout pratique quand les brins de paille sont courts et que la botte se défait trop facilement. La paille perdue sera employée pour des mortiers de remplissage, avec de la terre ou de la chaux, autour des huisseries et dans les recoins vides, ou bien, hachée menue, pour le mélange des enduits.
 
Certains constructeurs recommandent de bâtir un muret de pierres de trente à cinquante centimètres de hauteur, en soutien du mur de paille pour assurer une étanchéité avec le sol, éviter les infiltrations et les dégâts des rebonds de la pluie. Ils expliquent que la pierre calcaire, moellons ou blocs, a l'avantage de bien se "souder" avec un mortier de chaux, rendant l'assise du mur très solide. De plus, un muret de pierres évite la pose d'une couche de bitume ou de polyane, produits industriels dont la durabilité n'atteindra jamais celle du muret. La pierre a l'avantage d'être sur place dans bien des cas, mais on peut la remplacer par un large premier rang de blocs monomurs. Les blocs monomurs de pierre ponce sont très efficaces contre les remontées d'humidité et ils ont un fort pouvoir isolant, similaire aux autres blocs monomurs.
 
De la même façon, l'encadrement des fenêtres demande un soin particulier pour empêcher toute infiltration de l'eau de pluie ou de condensation et pour conserver de bonnes performances thermiques.

Lorsque la paille est proche du sol, il est prudent d'en emballer la base dans un grillage à poules très fin pour empêcher les rongeurs d'y pénétrer. On pose le grillage sur le muret d'assise avant de le recouvrir du premier rang de bottes. Le grillage déborde largement à l'intérieur comme à l'extérieur et on le relève contre les bottes. Il sera relié à la terre pour éviter les perturbations électromagnétiques. Cette précaution n'est pas indispensable si le muret d'assise est assez haut.
 
Avec la technique des ballots maçonnés, la paille est complètement à l'abri de l'eau, des insectes et des rongeurs, et la maison profite d'une isolation durable dans le bâti lui-même. Les murs de ballots de paille maçonnés peuvent soutenir une toiture que l'on préférera légère quand même. Il faut monter les ballots les uns sur les autres sans décalage, contrairement aux briques et parpaings, que l'on monte généralement en quinconce. Le joint vertical, disposé latéralement entre les bottes, devra être épais, entre cinq et huit centimètres, ce qui en fait un poteau. C'est la condition pour une vraie solidité, mais cela provoque d'importants ponts thermiques. Cette méthode de construction est grosse consommatrice de mortier, c'est son autre inconvénient, avec un bilan écologique diminué du fait de la cuisson de la chaux lors de sa fabrication. Il est indispensable de disposer d'une bétonnière, d'une bonne brouette solide et de planches pour circuler sur le chantier, d'un accès facile à l'eau, d'un abri pour les sacs de chaux et le sable propre, etc. Bref, ça n'est pas le procédé le plus simple. Il est d'ailleurs de moins en moins employé chez nous, même si, au Canada, François Tanguay et Clôde Guise lui accordent leur préférence.
 
ImageDans le cas de la construction d'une ossature, celle-ci porte la charpente et on peut donc poser les tuiles en premier, protégeant ainsi le chantier de la pluie. Une ossature bien conçue a surtout l'avantage de garantir la solidité du bâti et d'autoriser une architecture plus libre.
 
Quatre-vingt-quinze pour cent des maisons en paille actuelles ont une ossature, la plupart en bois qui, contrairement au béton ou au métal, présente un bon bilan écologique et ne provoque pas de ponts thermiques. Un pont thermique ne représente pas seulement une perte de calories, ou un gain inutile en été, mais aussi un risque certain de condensation d'eau. Le bois élimine ce risque et c'est très important. On trouve des ossatures poteaux-poutres de toutes sortes. Les montants seront en bois ou même en blocs monomurs dont on fera des poteaux. Il existe aussi des poteaux d'argile cuite prêts à l'emploi et de différentes hauteurs. Il suffit de les dresser sur les fondations, de les armer et d'y poser la charpente, un système très simple à mettre en œuvre.
 
ImagePour les ossatures en bois, il en existe de nombreuses. Certaines sont noyées dans les murs, ce qui permet un enduit bien homogène, tandis que d'autres affleurent, ce qui permet d'y accrocher des panneaux. On peut aussi créer les murs en retrait à l'intérieur de l'ossature, en ménageant une terrasse ou une galerie sur le pourtour de la maison. Certaines ossatures ont des montants rapprochés de petites sections, méthode moderne, d'autres ont des montants plus importants, éloignés de quelques mètres, méthode plus traditionnelle. Il existe aussi, notamment en Autriche, des ateliers qui préfabriquent des murs en paille, assemblés par la suite à l'aide d'une grue. On peut presque dire qu'il existe autant de façon de construire en paille que de constructeurs, ce qui démontre la flexibilité de ce matériau.
 
Toutes ces méthodes ont leurs avantages et inconvénients, mais l'essentiel est de ne pas employer de structure métallique, à cause des risques de condensation, de la faiblesse au feu, de leur mauvais bilan écologique et de leurs conséquences électromagnétiques.

ImageEnsuite, on pose les bottes les unes au-dessus des autres entre les montants de la structure et il faut alors les fixer une à une pour que le mur ne s'écroule pas par accident. Chacun a sa méthode pour les arrimer à la structure. La revue La Maison Écologique a montré une construction de paille dont les bottes étaient fixées par de gros crochets métalliques en T, cloués dans le bois des montants et dont les pointes retenaient les bottes en place. Pour ma part, sur le chantier où j'ai pris ces photos, j'ai vu que cet autoconstructeur créait une entaille dans la longueur de la botte, en la creusant à la tronçonneuse d'une main légère. À la pose, il fixait une planchette de bois aux montants, sur la tranche, qui s'enfonçait dans la gorge du dessus de la botte inférieure et dans celle du dessous de la botte supérieure. Un système qui m'a paru présenter un maximum de garanties, spécialement en cas de grande hauteur.
 
ImageCertains constructeurs essaient d'autres méthodes, avec des tiges métalliques, par exemple. On comprime les bottes entre des planches traversées verticalement de tiges filetées. Rondelles métalliques et écrous à chaque niveau permettent le serrage des bottes. Ainsi, on obtient des murs assez fermes pour supporter une toiture légère. Cette technique a l'inconvénient d'employer beaucoup de ferraille, alors qu'il vaut mieux éviter la présence de métal dans le bâti d'une maison.
 
La technique probablement la plus répandue en France utilise des poteaux de quatre centimètres par vingt ou de cinq par quinze, placés en plein cœur du mur, tous les quatre-vingt-dix centimètres environ. Les bottes, un peu plus longues que l'espace entre les montants, sont coincées entre eux. Ensuite, elles sont comprimées à l'aide d'un cric à voiture. Le cric est posé entre la poutre du haut, sablière ou chaînage, et une planche posée sur l'avant-dernier rang de bottes. Bien évidemment, cette méthode de tassement ne peut être employée que si les bottes n'ont pas été fixées aux montants.
 
La troisième technique de construction de maisons en paille, avec murs porteurs, de type Nebraska, a l'avantage d'être la plus rapide à bâtir, pour des projets simples et de plain-pied, mais, sans toit pour le protéger, le chantier devra se dérouler dare-dare en été. De plus, cette méthode ne présente forcément pas les mêmes qualités de statique et le bâtiment est donc moins solide.
 
Une fois les bottes en place, on remplit les trous restants et les interstices avec de la paille sèche ou un béton paille/terre ou paille/chaux, avec un peu de sable. Ce travail sera fait avec beaucoup de soin, particulièrement autour des ouvertures, portes et fenêtres. Ensuite, on rasera les murs (!) pour en égaliser la surface et éliminer les brins de paille qui dépassent. Raser comment ? Avec une petite débroussailleuse à fil.
 
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