Editions de La Pierre Verte

Tout sur l'Ecoquille

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Habitats alternatifs
2) MOBILES
 
L'article R443 du Code l'Urbanisme autorise quiconque à monter une tente chez soi sans en demander l'autorisation. C'est sans doute la plus sûre des possibilités de s'installer en zone non constructible, encore qu'un séjour ininterrompu sur un site peut-être assez rapidement considéré comme une fixation de domicile et donc être interdit sous différents prétextes, à commencer par des motifs concernant l'assainissement des effluents, ce qui est compréhensible.
 
En toile, selon des habitats traditionnels existants, ou bien sur roues ou à voile, les habitats mobiles offrent une large liberté et invitent au voyage. Un mode de vie auxquel beaucoup aspirent mais qui intimide, on le comprend. De ce fait, ce sont effectivement les personnes les plus motivées et les moins conventionnelles qui parviennent à concrétiser ce genre de rêve pour les uns, ou de cauchemar pour les autres.
 
Inutile de se forcer à vivre en nomade si on ne s'en sent pas le caractère. Dommage d'y renoncer si on en a envie. Il paraît que les peuples nomades et les peuples sédentaires ne parviennent jamais à se comprendre, depuis la nuit des temps. Que c'est le cœur de l'Histoire…
 
 
a. La tente, la yourte et le tipi
 
On trouve différents styles de yourtes en Asie centrale, de la mer Caspienne à la Sibérie orientale et aucune d'entre elles n'est réellement appelée yourte. "Yourte" est en fait un mot turc signifiant "maison".
 
Actuellement, la yourte est à la mode, c'est sensible. Que ce soit pour y vivre à l'année ou pour camper en vacances, ils sont de plus en plus nombreux ceux qui apprécient cette habitation nomade. Une amie cavalière qui possède un cheval et vient d'acheter un terrain pour lui, veut pouvoir elle aussi passer ses week-ends en pleine nature. Un ami, artiste de rue, spécialisé dans les animations "barbares" et les jonglerie de feu, se rend de festival en festival avec sa yourte et passe l'hiver à y coudre des costumes et à répéter ses spectacles. Bref, à voir ceux qui y vivent en toutes saisons, à souhaiter un abri d'extérieur original et confortable, à apprécier leur esthétique particulière, les yourtes font l'objet d'une demande croissante du public.
 
C'est d'ailleurs pourquoi de grandes sociétés proposent depuis peu des "yourtes" à des prix imbattables que les citadins s'empressent d'installer dans le jardin de leurs maisons de campagne pour y passer des soirées exotiques ou y loger des amis de passage. Seulement voilà, dans trois ans, ces tentes "façon mongole" auront souffert des intempéries. Mal entretenues, mal conçues, mal fabriquées, elles vont pourrir sur pied, devenir misérables et cette mode passagère de la yourte aura finalement déprécié un habitat pourtant parfaitement valable, voire idéal pour certains.
 
En effet, une yourte c'est la liberté et le confort réunis. Un vrai confort : dans une yourte authentique, des parois en feutre protègent efficacement du froid et des vents, au point qu'on s'y sent chez soi dans les déserts glacés de l'Asie centrale. Les Mongols et les Kirghizes ne sont pas masochistes et vivent au chaud sans problème dans leurs habitations circulaires. Liberté oui, puisqu'une yourte se plie en une heure, se transporte à l'arrière d'un break ou dans une petite remorque, et se remonte en une autre heure.
 
Mais pour pouvoir apprécier ces qualités, il faut quand même y mettre un certain prix, disons aux alentours de cinq à huit mille euros selon la surface au sol qui va de douze à quarante mètres carrés. Là, on aura la garantie que la toile est faite pour nos climats, que les produits d'étanchéité sont bien adaptés, que la yourte dispose d'un plancher isolant, que ses sacs de transport sont fournis, etc. Il est même conseillé qu'une visite du fabricant ait lieu lorsque la yourte est montée, de façon à vérifier qu'elle est bien installée. Ce sera aussi l'occasion d'une initiation pédagogique au bon usage d'une telle habitation. Car il existe une sorte de philosophie de la vie en cercle.
 
On pourrait dire exactement les mêmes choses du tipi. C'est une autre habitation nomade qui a largement fait ses preuves et dont on ne devine pas l'excellente conception à première vue. Pourtant, l'effet de cheminée est exploité de façon si efficace que l'on peut vivre autour d'un foyer intérieur sans en respirer la fumée. Les deux enveloppes d'un tipi ont aussi un montage qui permet une isolation et une étanchéité optimales. Mais là encore, la qualité des toiles, de leur imperméabilisation, leur fragilité aux moisissures, la souplesse et la solidité des perches, les coutures, la protection des ouvertures, tous ces facteurs doivent être optimisés. Seuls des professionnels du tipi peuvent assurer une fabrication dans les règles, garante de durabilité.
 
 
b. Roulottes, caravanes ou camping-cars
 
Çà, c'est mon rêve, c'est cet habitat-là que je préfère : le camping-car. Maintenant que les enfants sont grands, j'aimerais reprendre cette vie de vagabond que j'ai tellement aimée pendant huit années. Certes, le risque est de se sentir seul. Seul! Si l'on peut dire… Chaque jour, je changeais de ville ou de village pour installer mon projecteur et mon écran dans des collèges ou des salles des fêtes, dans des salles de cinéma ou des réfectoires de maisons de retraite. Je montrais le dernier film documentaire que j'avais réalisé et le commentais en direct, m'adressant quelquefois à plusieurs centaines de personnes en même temps. Des contacts rapides mais toujours chaleureux, peut-être d'autant plus qu'ils n'étaient pas destinés à se prolonger, sauf exception. J'avais quand même des amis dans toutes les régions de France que je visitais quand je revenais par là. J'étais un saltimbanque nomade, un troubadour en audiovisuel.
 
Parfois, je rejoignais un de mes collègues sur la route, en tournée lui aussi, ou bien, à l'occasion d'un festival, toute la bande des conférenciers-cinéastes. Nous mettions nos camping-cars en cercle comme dans un village de tipis amérindiens et nous passions nos soirées chez l'un puis chez l'autre. Nous parlions de nos vies sur la route, des contrôles de gendarmerie en pleine nuit, des emplacements de marché qu'on n'a pas vus et qu'il faut quitter avant cinq heures du matin, des difficiles trajets d'hiver, des meilleurs producteurs de vin de chaque vignoble et de tous les endroits merveilleux où s'installer pour dormir comme cette corniche au-dessus de Genève qui donne l'impression de survoler le lac et la ville ou encore ce gros rocher bordé de sable fin, à dix kilomètres de La Rochelle, face à la mer. Nous contions nos anecdotes aussi : la fois où, en pleine nuit, j'ai trouvé un bon coin pour dormir, au bout d'un chemin accueillant dans un bois, au bord d'une belle clairière. J'ai été réveillé au lever du jour par les coups secs de la crosse d'une cravache dans mon pare-brise. Un homme, dont je ne distinguais que les bottes puisqu'il était juché sur son cheval, m'a lancé : "J'espère que vous ne comptez pas stationner toute la journée sur la pelouse de mon château, cher Monsieur !"
 
C'était notre métier, le plus beau qui soit : parcourir la France dans tous ses recoins et devant tous ses publics pour faire connaître et aimer des pays étrangers par le cinéma, évoquer l'âme de leurs habitants, leurs gloires et leurs drames. Après chaque projection, deux à quatre par jour, nous remballions notre matériel de scène à l'arrière de nos camping-cars et reprenions la route vers de nouvelles rencontres.
 
Parmi les films que j'ai présentés, deux avaient été réalisés pendant de longs mois sur place. Ma femme et moi-même avons donc sillonné la Louisiane durant six mois et l'Irlande pendant près d'un an, à bord de notre maison sur pneus. S'il est un moyen idéal de visiter un pays, c'est bien le camping-car. On s'arrête quand on veut, où on veut et par tous les temps. En attendant la fin d'une averse, il est bien agréable de boire une tasse de thé à l'abri. Quand on rencontre des gens, on peut rester chez eux sans craindre de les déranger. Des pêcheurs de crocodiles cajuns dans leurs cabanes de chasse ou bien des indépendantistes de Belfast dans leurs rues en ruines, par exemple.
 
Oui, voyager en camping-car, c'est comme cela que je voudrais continuer ma vie. En créer un qui soit ingénieux, confortable, bio, autonome en énergie, avec son vélo électrique pour circuler facilement autour, un micro-ordinateur pour actualiser J'attends une maison et écrire d'autres choses, un téléphone portable malgré tout, pour rester en contact avec le monde. Cette maison roulante serait une sorte de grosse tortue qui avancerait à vingt-cinq à l'heure peut-être, mais uniquement grâce à des panneaux solaires alimentant des moteurs électriques, et sur chenilles pour grimper partout. Jamais en panne de carburant et capable de passer tranquillement les cols du Pamir quand les guerres n'y seront plus. On peut rêver, non ?
 
On va même continuer encore un peu : l'idéal serait de disposer de trois terrains dans des régions différentes pour poser mon engin et séjourner un peu. Sur chaque terrain, une vaste terrasse de bois dans laquelle la tortue roulante viendrait s'encastrer à niveau et qui l'agrandirait. Sur place, de l'eau au robinet si possible et un petit hangar pour abriter des affaires durant les mois d'absence : un barbecue, du mobilier de jardin, des parasols, un petit bateau, etc. Ces terrains, sans certificat d'urbanisme, ne coûteraient pas cher, même face à la mer, disons, deux ou trois fois le prix agricole, moins de deux mille euros l'hectare en tous cas. Une portion d'un petit bois non constructible irait parfaitement. La loi exige de ne pas rester à l'année et ce serait le cas. Elle oblige aussi l'habitat mobile à rester sur pneus, prêt à partir, ce serait le cas aussi. Pas de problème !
 
Aucun doute pour moi, actuellement, c'est la vie dont je rêve. Elle ne me décevra pas car je l'ai déjà connue et elle ne me laisse que de bons souvenirs. Question de caractère peut-être. J'aime autant une région qu'une autre et me sens plus de partout que de quelque part. C'est comme ça…
 
Mais, mais , mais... Une roulotte, un camping-car, une péniche ou un bateau sont des habitats tout petits, où l'air est vite confiné. Les matériaux modernes et malsains dont ils sont faits représentent un danger important. Généralement, on y trouve des meubles et équipements fabriqués dans les pires matériaux possibles : isolation en mousse de plastique, moquettes synthétiques, meubles en aggloméré. Tout cela dans quelques mètres cubes d'air seulement. Il est donc réellement préférable de fabriquer son aménagement soi-même, avec des produits de qualité et sains, qui seront par ailleurs souvent difficiles à mettre en œuvre dans pareil cas. Faire tenir une laine sans la coller, appliquer du liège sur des formes courbes, peindre de la tôle... Autre problème, tout aussi délicat : la condensation, en particulier sur toutes les parties métalliques quand elles sont froides. Très difficile à empêcher réellement. Encore : la place qui est réduite.
 
Alors il ne reste qu'à isoler le véhicule par l'extérieur. On gagne de la place, on n'a plus de condensation et on ne respire pas les composants d'horribles produits isolants synthétiques, efficaces néanmoins en faible épaisseurs et pour tenir debout dans un habitat cahotant sur les routes. Sauf que l'on a pas le droit, un véhicule devant conserver les dimensions qui ont été déclarées aux Mines. Alors, on maquille, on camoufle. On se débrouille, mais on ne renonce pas à l'isolation par l'extérieur.
 
 
c. La péniche et le bateau
 
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Maison péniche suédoise
Vivre dans une péniche ou dans un bateau, c'est un peu la même chose, un mode de vie bien particulier, toujours axé sur le départ, qui plaira aux amateurs de cabines astucieuses et de ponts pour bronzer, esthètes d'un univers de cuivre brillant, de cordes et de beau bois ciré. Le clapotis qui berce, le vent qui siffle dans les haubans, et toute la météo au-dessus du toit, les éléments, les embruns, tout ça, tout ça…
 
Des avantages, il y en a : investissement faible puiqu'un bateau ou une péniche coûtent quand même moins cher qu'une maison et son terrain, possibilité de changer de lieu, et surtout, pour ce qui est de la péniche, la possibilité d'un très très grand logement en ville, auquel des vocations commerciales pourraient fort opportunément venir : salle à louer, petit bar ou restaurant sympa, salle de répétition ou de spectacle, etc… Un moyen de gagner sa vie est possible.
 
Des inconvénients, il y en a aussi : problèmes de condensation dans la coque, problème d'isolation thermique et phonique, de rejet des effluents, d'autonomie électrique. Il faut aussi acquérir un loyer car l'emplacement au quai est le plus souvent payant, et parfois assez cher, comme à Paris.
 
Ceci dit, la vie sur une embarcation est tout à fait possible. Tous les problèmes pratiques sont solubles, dans l'eau, ça tombe sous le sens. En prime : dès que l'on a quelques économies, on part pour quelques jours ou quelques mois. Si l'idée est de faire le Tour du monde en famille, les enfants peuvent suivre un programme scolaire normal grâce au CNED. Et vive l'aventure !
 
 
 
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