Editions de La Pierre Verte

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La chaux et les sables
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CONSEILS DE MISE EN ŒUVRE
 
Comme la chaux aérienne éteinte n'est pas totalement éteinte, elle reste encore corrosive et continue à être gourmande en eau. Lunettes et longs gants obligatoires lors de la manipulation. Il faut l'utiliser assez vite car, si les sacs ne sont pas bien abrités au sec, la chaux va continuer à réagir, durcira et les sacs seront bons à jeter.
 
On a tout intérêt à fabriquer son mortier à la chaux aérienne à l'avance, puis à le stocker dans un grand bac fermé (1m3) toujours recouvert d'eau. Le mortier bonifie avec le temps et devient de plus en plus homogène. Il fait des microbulles de gaz internes et mousse un peu. On peut le garder ainsi plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Disons qu'après une ou deux semaines, il aura profité du temps pour s'assouplir, s'aérer. Ensuite, on le brassera avant usage pour y emprisonner encore un supplément de bulles d'air (puisque c'est le gaz carbonique de l'air qui le fait prendre).

Voici un conseil essentiel concernant l'usage de la chaux : s'enduire chaque matin et chaque soir les bras, les mains et les pieds d'une bonne dose de crème hydratante pour éviter qu'en trois jours, il ne vous soit plus possible de toucher quoi que ce soit. Le faire avant de travailler et pas seulement après. La peau est attaquée lentement mais sûrement, et l'usage de gants ordinaires est si peu pratique qu'on les abandonne bien vite. Il faut des gants qui remontent tout le bras, sinon le lait de chaux va entrer à l'intérieur des gants pour faire autant de dégâts. Les grains de sable percent des petits trous dans la peau, la chaux les creuse et, dès le premier jour, les mains sont abîmées. Les trous cicatrisent en croûtes qui sont dissoutes par la chaux le lendemain et la chair reste donc à vif tout le temps que l'on travaille. Les empreintes digitales s'estompent, la peau devient fine et sèche et, quand le mal est fait, ce sont dix jours de récupération qu'il faudra compter avant de reprendre. Non, vraiment, soignez vos mains : gants jusqu'à l'épaule et/ou rinçage à l'eau claire en permanence, gestes tout doux, tartine de crème en début et en fin d'ouvrage, et tout ira bien.

Recette de base du mortier à la chaux : cinq parts de sable, deux parts de chaux aérienne. Touiller à sec le plus longtemps que vous pouvez, dans une bétonnière ou bien à la pelle dans une brouette bien stable. Le mélange à sec est plus facile à faire que mouillé mais on s'en met partout comme de la farine et il faut éviter d'en respirer. Lorsque la poudre semble homogène, rajouter de l'eau très lentement, mais pas assez. Oui, mettre juste ce qui semblerait insuffisant et qui ne l'est généralement pas. Bien mélanger. Là, à la main, c'est dur, très granuleux avec des paquets.  On aurait envie de remettre de l'eau pour faciliter la tâche mais il ne faut pas le faire. Allons, courage, on touille. Lorsque le mortier est bien mélangé, on constate qu'il n'est plus ni sec, ni granuleux. L'eau s'est répartie doucement et le mortier commence à briller. Tout va bien. Si vraiment des parties du mélange restent poudreuses et ne parviennent pas à se mélanger, on peut rajouter un verre d'eau et là on s'arrête. Dans une brouette, ça suffit souvent à rendre le mortier bien lisse sans qu'il perde sa fermeté.  Il est recommandé de brasser le mélange tout au long de sa préparation, afin de limiter les risques de projection. Et voilà.

De ciment comme de chaux, un mortier trop mouillé coule sur les surfaces verticales et sera friable et fragile. Trop sec, il ne colle pas assez aux briques ou blocs de construction. Juste assez, il sera très dur et suffisamment collant. Pour une chape au sol ou pour des remplissages horizontaux, un mortier doit plutôt paraître trop sec au départ. On verra très vite qu'en le lissant à la truelle ou à la règle, l'eau va remonter et le faire luire juste à point.

Pour les mortiers de chaux servant à monter des briques de terre, il vaut mieux ajouter un cinquième et un sixième quart - si si - de terre argileuse et non végétale. Ainsi, une liaison chimique solide se fait entre les briques et leur mortier. Cette règle doit toujours être observée si possible. Entre deux matériaux différents, le mortier doit faire lien en étant composé des deux matières en question. À murs de terre, mortier à la terre. Dans les BTC d'ailleurs, on met un peu de chaux pour qu'ils épousent mieux leurs joints. Parfois, et essentiellement pour cette raison, il arrive que du ciment soit ajouté à un mortier de chaux, et ça s'appelle un mortier bâtard. Sinon, habituellement on ne les mélange pas, ça n'apporterait rien de plus, au contraire, et nous voulons éviter le ciment.

Les enduits de finition à base de terre ou de chaux s'appliquent de préférence sur des murs au moins partiellement composés du même matériau. À mur de terre, enduit de terre, mais ce principe n'est pas strict. On peut composer des sous-couches qui mixent les deux éléments. Exemple : sur un mur de bottes de paille imprégné au lait de chaux, on peut appliquer un gobetis chaux/terre en sous-couche qui assurera la liaison avec l'enduit de finition en terre pure.

Qu'est-ce qu'un gobetis ? C'est un mélange chaux/sable dans les proportions habituelles, mais nettement plus mouillé que d'habitude. Il a l'aspect et la consistance de la glace à la vanille qui traîne sur la table, au moment du "vous en reprendrez bien encore un peu" qui ne fait pas envie, juste avant que la maîtresse ne se décide à la remettre au frigidaire. Pas liquide mais déjà impossible à retenir dans la truelle et que l'on projette plus qu'on n'étale.
 
Le lait de chaux, lui, ne comporte pas de sable du tout, juste de l'eau et de la chaux. C'est en général un badigeon de lait de chaux que l'on utilise pour blanchir une façade, une étable, le bas des arbres d'un camping, car il désinfecte et assainit. C'est aussi lui qui, pigmenté ou non, assure la touche finale d'une rénovation de vieux mur ou bien qui remplace la peinture sur des murs minéraux, apportant sa douce luminosité, son ambiance chaleureuse et ensoleillée. C'est encore le lait de chaux dans lequel on trempe parfois les bottes de paille ou les fibres végétales avant de s'en servir en construction, de façon à les protéger des rongeurs, à les solidariser avec leur mortier, et à les rendre plus faciles à appliquer.

Lait, gobetis, mortier normal, mortier maigre sont les principales recettes de l'utilisation de la chaux en construction. Pour ce qui est de la décoration, d'autres recettes permettent des effets de matière très variés. Dans les deux cas, la finesse, la couleur et la pureté du sable jouent toujours un rôle capital. D'une façon générale, les enduits de finition demandent de tamiser finement le sable employé, pour donner l'aspect le plus lisse. Stuc, tadelakt, enduits, fresques, badigeons, lait de chaux, gobetis, jointoiements...

Il est indispensable de bien mouiller le support avant de poser un enduit. J'ai, par exemple, restauré un vieux mur intérieur de terre chez moi, dans mon couloir d'entrée. Il avait été recouvert de ciment et j'ai commencé par ôter cette couche en tapotant avec un petit marteau pointu. Ensuite, avec un gros tournevis, j'ai creusé les joints de terre entre les adobes parce que je me doutais qu'une fois enduits, ces creux dans le mur allaient se reboucher et que l'esthétique y perdrait. Une fois ces joints creusés, j'ai préparé un lait de chaux bien trempé que j'ai badigeonné sur le mur avec le plus gros pinceau que j'ai pu trouver. J'ai barbouillé jusqu'à ce que le lait et la terre se mélangent en une petite épaisseur de bouillasse marron. Une journée de séchage et je reprends les travaux pour la seconde couche. Je commence par mouiller le mur avec la brosse d'un balai. Mais nous sommes en été et la terre du mur absorbe tout, même avec ma première couche. Aussi, à peine ai-je mouillé la moitié du mur qu'il est déjà sec, là où j'ai commencé. Et je constate que je ne pourrai pas enduire si ça sèche ainsi au fur et à mesure. J'y vais donc à grandes éclaboussures avec ma brosse, un seau, puis un autre, puis encore un, mais ça ne suffit toujours pas puisque le mur ne veut pas rester humide plus d'un quart d'heure. Je décide alors d'employer les grands moyens et apporte le tuyau d'arrosage du jardin dans le couloir. Je règle l'embout pour obtenir un jet large et fin, et j'arrose le mur d'un bout à l'autre. Dès que j'arrive à un bout, l'autre a déjà absorbé toute l'eau ! Je commence à trouver cela casse-pieds et je me décide à mouiller jusqu'à ce que le mur rende de l'eau. J'ai dû rester ainsi avec mon tuyau une demi-heure et plus à arroser le mur d'un bout à l'autre et ce n'est que lorsque le sol a été trempé lui aussi que je me suis décidé à passer à la pose de mon gobetis de chaux. Il m'a fallu néanmoins remouiller le mur une heure ou deux plus tard plus tard pour terminer l'enduit sur toute sa surface.

Il fallait s'acharner, c'est sur, mais le gobetis à la chaux aérienne a bien pris et, aujourd'hui, il a durcit, ne farine pas, ne cloque pas. Comme il était encore un peu marron terreux par endroit, et nulle part bien blanc, je l'ai recouvert d'une dernière couche quelques jours plus tard, un lait de chaux, sur le support bien remouillé encore. Au final, j'ai un enduit blanc d'une très belle luminosité, un enduit respirant et assainissant, et mon mur de terre est sauvé. Au fait : j'aurais dû faire ces travaux à la bonne saison, voilà tout. Pas en plein été mais plutôt au printemps ou à l'automne, un jour couvert, sans vent. Parce que mouiller un mur comme cela, ce n'est pas le meilleur conseil à suivre, en vérité.

Des mélanges de chaux ou de terre avec différents composants naturels donnent des résultats originaux ou insolites. Un enduit de chaux et de lavande est beau, assainissant et discrètement parfumé. Un autre avec du mica naturel ou de la nacre sera moiré et celui qu'on additionnera de sciure de bois ou de paille hachée paraîtra piqueté, textile, chaud et doux. Les enduits naturels sont donc appropriés à de nombreuses ambiances et fantaisies de décoration. Signalons qu'il existe des fournisseurs de chaux en pâte, très fine et bien éteinte, de toute première qualité, livrée prête à l'emploi en sacs ou en seaux, et tout à fait neutre pour la peau. Pour les peintures et enduits fins, pour les fresques, c'est le produit idéal. Il donne une chaude luminosité et un velouté merveilleux à la décoration.



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