Editions de La Pierre Verte

Tout sur l'Ecoquille

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Non au nuke !!

La sûreté nucléaire chez nous

La terrible catastrophe a écorné les certitudes des technocrates. Des dizaines d'années que l'on nous bassinait avec le prétendu risque zéro. Aujourd'hui, on n'en parle plus du tout parce que, avec les explosions d'une fusée Titan, d'une Delta et d'une Ariane, de la navette Challenger et avec Tchernobyl, l'année 1986 a été dure pour les ingénieurs. L'impossible accident est bel et bien arrivé.

Cela a-t-il au moins servi à quelque chose ? Il semble que oui : la catastrophe a laissé des traces dans les mentalités, sinon dans les pratiques. Ainsi, après vingt ans de silence buté, c'est un raz de marée d'informations ultra-détaillées qu'ont livré les responsables du nucléaire. On peut les soupçonner de vouloir gagner leur match contre les questionneurs par ko technique. Mais mieux vaut s'atteler à l'analyse de ces données plutôt que de se plaindre d'en être submergés. Il y a donc eu un effet Tchernobyl.

Hélas, cette empreinte n'est pas seulement dans les esprits. Elle persiste dans nos aliments, nos pâturages et dans nos cellules, spécialement dans les régions qui ont connu de fortes pluies au moment de la catastrophe. Aujourd'hui, les résultats sont clairs : il y a bien une radioactivité rémanente en France.

On devine ce que seraient les conséquences de la fusion d'un réacteur chez nous. Frissons garantis. L'accident serait probablement plus violent et disperserait plus de radioactivité, d'abord parce que le réacteur se serait emballé, et ensuite à cause des trois enceintes de confinement dont nous sommes si fiers, alors qu'elles ne peuvent parer que très momentanément à l'explosion d'un réacteur, tout en créant les conditions d'une déflagration énorme, exactement comme dans une Cocotte-minute.
 
On prétend nos centrales mieux faites que celles des Soviétiques. C'est vrai d'une façon générale, mais certains choix sont discutables. Celui de la triple enceinte de confinement a répondu à la nécessité de prévoir la chute d'un avion gros porteur. Car en effet, jusqu'en 1986, on n'avait prévu que la chute d'un avion de tourisme égaré, rien de plus… Le choix de la construction d'une dalle pour empêcher le réacteur embrasé de pénétrer les nappes phréatiques est plus contestable car, pour protéger l'eau d'une région en aval, on condamne une zone immense à la désertification. Rappelons que notre atmosphère n'est guère plus épaisse par rapport à la Terre qu'une coquille par rapport à son œuf. Ce n'est que dans cette mince couche que nous devons survivre. Ne serait-il donc pas plus judicieux de laisser s'enfoncer un réacteur emballé jusque dans la croûte terrestre et disparaître de notre si mince univers de surface ?  Cette dalle me fait plutôt l'effet d'une proposition lobbyistique de nos bétonniers nationaux.

C'est une chance qu'aucun accident majeur ne soit encore survenu dans une centrale française. Aux USA, cent dix réacteurs représentent quinze pour cent de la production électrique. En ex-URSS, quatre-vingt-quatre réacteurs donnent dix pour cent, tandis qu'en France, soixante réacteurs fournissent près de quatre-vingts pour cent de nos besoins en électricité. Nous habitons le pays le plus nucléarisé du monde et ce fait d'apparence ordinaire recouvre déjà une réalité effrayante.

Quand on brise un atome d'uranium à coups de neutrons pour en extraire l'énergie, on multiplie d'un coup sa radioactivité par plusieurs centaines de milliards. Comme un verre cassé : inoffensif avant, redoutable après. Et il en résulte de surcroît un innommable mélange de saletés en tout genre, les produits de fission, tous radioactifs, dont la longue liste recouvre une grande partie de la classification de Mendeleïev. Le danger étant que ces produits de fission puissent s'échapper dans la nature.

La technologie veille sur nous, pense-t-on. Pourtant, depuis Tchernobyl, tous les menus incidents sont recensés dans chacune des centrales nucléaires de la planète et communiqués à tous les techniciens pour partager une culture mondiale du risque atomique. Eh bien depuis lors, edf a déclaré jusqu'à quinze mille incidents par an ! Certains auraient même pu entraîner la fonte d'un réacteur, comme celui, bien connu, des soupapes de sécurité à Gravelines.

Comment se peut-il qu'un réacteur nucléaire ait fonctionné pendant un an sans ses soupapes de sécurité ? En cas de surpression, les soupapes n'auraient pas fonctionné et un cataclysme était certain. Une cascade de dysfonctionnements explique cet incident. Deux mois auparavant, la centrale fut confrontée à une panne et il a fallu arrêter la tranche pour réparer. Les vis creuses des soupapes furent ôtées et remplacées par des vis pleines pour éviter que des saletés n'entrent dans les tubes. Par souci d'économie, le personnel produisait lui-même ces vis. Elles étaient réalisées au coup par coup, sans homologation. Après la réparation, le service d'entretien oublia de remettre les vis creuses. Pourquoi cette erreur n'a-t-elle pas été détectée ? Tout simplement parce que les procédures ne prévoyaient pas de vérification des vis. C'est à l'occasion d'une autre opération de maintenance, un an après, que l'erreur a été détectée.

Erreur humaine, méconnaissance du risque, bricolages à l'économie… Négligence même quelquefois, puisqu'on a retrouvé dans une autre centrale des chiffons oubliés dans des circuits d'eau sous pression. Là encore, une bombe était amorcée. Tout ceci sans parler de l'état global de nos réacteurs dont beaucoup de barres de commandes restent coincées dans la masse du combustible. Cette défaillance a touché la moitié des réacteurs français : les barres de graphite chargées de contrôler et d'arrêter la réaction nucléaire des centrales de neuf cents mégawatts s'usent trop vite et se bloquent. Comment, dès lors, être sûrs de pouvoir stopper le réacteur en cas de besoin, un tremblement de terre ou une inondation, par exemple ? Et si l'on n'arrive pas à l'arrêter, ne restera-t-il plus alors qu'à fuir avant que tout explose ? Avec son parc nucléaire, la France présente le plus fort taux de risques potentiels, puisque les centrales sont souvent situées dans des bassins de population très dense ou sur des fleuves qui alimentent de très grosses villes. En vallée du Rhône, par exemple, ou près de Paris, avec la centrale de Nogent-sur-Seine.


Mais EDF et l'État sont formels : quoi qu'il arrive, les centrales françaises garderaient la radioactivité à l'abri de leur triple enceinte. Il faut l'espérer, car les plans de secours français ne prévoient qu'un confinement dans un périmètre de dix kilomètres autour de la centrale et une évacuation dans un périmètre de cinq. Les centres d'accueil, le nombre d'autobus à réquisitionner, sont répertoriés en fonction de ces critères. Si les émissions radioactives dépassent cette frontière, il faudra improviser. Bien compris, les zébulons ? Pas plus de dix kilomètres, d'accord ? Repos !

 


 
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