Editions de La Pierre Verte

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Non au nuke !!

Le plus grave accident du nucléaire est venu d'un mauvais stockage de déchets

Ce sont donc ces matériaux mortifères que les industriels du consortium Areva, des gens faillibles si l'on en juge par leurs résultats dans l'America's Cup, que ces gars-là donc, sont en charge d'enfouir et de surveiller pour une durée quasiment infinie, aussi longue que celle qui nous sépare de l'apparition de l'humanité. Peut-être seront-ils enfouis près de chez vous dans peu de temps…

Rappelons que des catastrophes peuvent provenir du simple stockage. C'est simple : quand on entasse des matériaux radioactifs, on doit prendre garde à ne pas trop les concentrer car, de même que des bûches de bois rapprochées activent leur combustion mutuelle, les matières radioactives ont toutes une masse dite critique, la quantité dans un volume donné à compter de laquelle leur réaction en chaîne est relancée. Un accident est possible avec treize kilos d'uranium enrichi. À l'usine de la Hague, six cents grammes du plutonium produit pour les bombes déclencheraient un accident majeur.
 
Le site d'enfouissement de déchets nucléaires militaires de Kysthym dans l'Oural a connu un accident de criticité dramatique, qui a dispersé des millions de curies et interdit toute vie alentour depuis février 1958. Peut-être les empilements de containers se sont-ils écroulés ou bien un forage a-t-il introduit de la vapeur d'eau. Les déchets sont alors repartis dans une réaction nucléaire sauvage et incontrôlable. Le strontium et le césium ont contaminé des milliers de personnes et tué des centaines d'entre elles. Sur une bande de quatre-vingt-seize kilomètres par dix, toutes les agglomérations indiquées sur les cartes de 1957, une trentaine, ont disparu : elles ont été rasées. Les paysans qui ont préféré rester dans cette région ont vu leur espérance de vie repasser en dessous de trente-cinq ans ! À Kysthym, lieu du plus grave accident nucléaire de l'histoire, il n'est plus possible, quoique l'on fasse, de vivre plus de quelques années. Ça fait froid dans le dos. C'est d'ailleurs l'absence de publication des chiffres de la mortalité dans certaines régions russes qui a mis la puce à l'oreille de l'historien-démographe Emmanuel Todd, au point qu'il a pu annoncer, en 1987, la chute du régime soviétique. Une leçon que nos responsables devraient retenir.

La radioactivité, invisible, surgit de toutes parts et augmente sans cesse. Comment pouvons-nous encore pousser nos enfants à manger de la soupe de légumes pour leur bien, tandis qu'à côté nous utilisons l'électricité nucléaire ? Quel environnement leur laisserons-nous demain ? Cette inconscience donne envie de faire une analogie entre notre comportement et celui des enfants : tant que la chaise ne se sera pas renversée, le petit continue à la pousser, tant qu'il ne l'aura pas déchirée, il tire sur la doublure de son manteau… Et, plus tard, tant qu'il n'aura pas son cancer, le fumeur fume, tant qu'il n'aura pas percuté un cycliste, le conducteur roule trop vite, tant qu'il n'y aura pas eu d'élève renversé à la sortie du collège, la municipalité n'installe pas de feu rouge, expériences vécues. Quant au rayonnement atomique, invisible, inodore et sans saveur, nous n'en comprendrons le danger que lorsqu'il aura montré sa terrible nocivité et, là, ce sera grave et trop tard… Des zones entières de la planète rendues stériles, des millions de personnes déplacées, des centaines de milliers de morts… Il est où le principe de précaution dont on nous berce sans cesse ?


 
La leçon de Tchernobyl

Le danger nucléaire est moral et sanitaire car de l'exploitation des atomes on ne peut attendre que mensonges et désastres. Tant que les vingt mille adolescents ukrainiens auxquels ont été offertes deux semaines de cure au soleil de Cuba, pour les soigner paraît-il, mais surtout pour calmer leurs parents et les dorloter un peu, tant que ces jeunes gens couverts de plaques rouges et sans cheveux, leucémiques, ne seront pas morts, on ne dira pas que Tchernobyl les a tués. Tant que la centrale de Golfech ne pétera pas, on évitera de concevoir un plan Orsec-Rad pour évacuer les populations de Toulouse à Milan, en passant par Montpellier, Marseille, Nice, Gênes, soit plus de dix millions de personnes et une panique innommable. Il faut savoir que les routes autour des zones irradiées seraient interdites et gardées par l'armée, que les animaux seraient brûlés sur place, que les récoltes seraient détruites, que le sol serait raclé et retourné sur trente centimètres de profondeur et cela sur des millions d'hectares. Aucun retour au pays ne pourrait être envisagé avant…? Cinquante ou cent vingt mille ans ? À ce sujet, certains fuiraient vers l'Algérie, la Tunisie ou le Maroc, et nous serions bien contents, en pareil cas, d'être des immigrés bien reçus, non ? Parlons-en à Le Pen.

Un scénario de science-fiction, diront certains. Pourtant la preuve par sept a déjà été faite. Rappelons que le réacteur de Tchernobyl qui s'est emballé fin avril 1986 était en révision et que son explosion est venue d'une bête poche de gaz apparue dans le circuit secondaire, à cause de cette maintenance et non pas à cause d'une erreur humaine, ni même d'un défaut de conception. Ce réacteur tournait à sept pour cent de sa puissance et il a néanmoins dispersé une radioactivité valant sept cents bombes Hiroshima. On a évacué cent vingt mille personnes, même si le vent a poussé la pollution sur sept cents kilomètres d'une forêt presqu'inhabitée, la forêt de Pripiat. La contamination s'est étendue bien au-delà, dans toute l'Europe de l'Est et du Nord, puis chez nous. Et de là, découlent au moins sept cents mille avortements qui ont été décidés par autant de futures mères en ex-URSS et en Europe, chiffre oms. Il faudra trois mille ans pour que, dans la forêt de Pripiat, la radioactivité du plutonium tombe de dix pour cent et la nature ne cicatrisera cette plaie que dans dix mille générations !

Près de la fameuse forêt rousse, où les arbres ont littéralement grillé sous l'effet des radiations, la pousse a repris sur la crête des arbres en retrait, mais des phénomènes sont apparus : aiguilles de pins cinq fois plus longues que la normale, bleuâtres et recourbées, feuilles de chêne ou de peupliers géantes…

Ce n'est pas tout. Un poulain né avec huit pattes, des porcelets à têtes de grenouilles, des monstres qui ont du mal à se déplacer. Les scientifiques officiels affirment que la radiation n'y est pour rien. Est-ce si sûr ? Un journaliste aux Nouvelles de Moscou écrit, trois ans après la catastrophe : "Au kolkhoze Petrovski, on m'a montré un porcelet dont la tête ressemblait à celle d'une grenouille. À la place des yeux, il avait des excroissances tissulaires où l'on ne distinguait ni cornée ni pupille. C'est un de nos nombreux monstres, a expliqué le vétérinaire du kolkhoze. Ordinairement, ils meurent sitôt venus au monde, mais celui-là vit encore. La ferme compte trois cent cinquante vaches et quatre-vingt-sept porcs. Avant l'accident nucléaire, on n'y a enregistré que trois cas de monstruosité en cinq ans. Après l'accident, il y en a eu cent quarante en moins de deux ans. Les porcelets et les veaux naissent sans tête ni extrémités, sans yeux ou sans côtes. Ils sont exophtalmiques, ont le crâne déformé, etc.

À partir d'un certain seuil de radiation, la division cellulaire s'accélère. Beaucoup de questions se posent sur la radiosensibilité et il faudra des années avant d'obtenir les réponses. Quelles sont, par exemple, les plantes concentrant les radionucléides et pouvant être employées pour la décontamination des sols ? Sur trente kilomètres autour de la centrale de Tchernobyl, la zone interdite est devenue un vaste laboratoire. À Pripiat, la ville fantôme où vivaient cinquante mille habitants à cinq kilomètres du réacteur maudit, enseveli sous sept cent mille tonnes de ciment et de plomb, des serres ont été installées pour étudier les végétaux et le transfert de la contamination du sol vers les produits agricoles.
 
 
Les travailleurs de la décontamination

De toute l'URSS, on a fait venir sept cent mille volontaires, souvent de jeunes recrues du contingent, qui n'ont eu le droit de rester que trente secondes chacun en zone contaminée pour balayer les décombres. Ces volontaires désiraient souvent rester un peu plus au travail, pour avoir parfois fait un vol de six ou sept heures avant d'arriver sur le site. Mais ce zèle leur était interdit et ceux qui ont passé outre ne sont plus là pour le raconter. Officiellement, à l'heure actuelle, la catastrophe de Tchernobyl a fait plus de quarante mille morts mais les volontaires de la décontamination ont pris d'un coup la dose de radioactivité de toute une vie et tomberont malades à des milliers de kilomètres de l'Ukraine, sans être comptés parmi les victimes officielles. On est loin des trente-trois morts annoncés au début de l'affaire. Parmi ces derniers, un capitaine des pompiers, le premier arrivé sur les lieux, que ses camarades ont vu s'écrouler et se racornir sous leurs yeux alors qu'il n'y avait rien de perceptible alentour. Les "zébulons" sont indécelables mais terriblement actifs.

Vingt-cinq ans après, les officiels dissimulent encore les données sur les doses de radiation reçues. Les médecins refusent de les lier à une brusque détérioration de la santé de leurs patients ayant travaillé dans la zone dangereuse. Ils les qualifient de radiophobiques et les taxent d'un imaginaire trop développé. Cette attitude blesse des dignités, lèse des droits, et discrédite l'État. Les gens avaient foi dans les atomistes œuvrant dans le secret des centrales, et ils ont eu... Tchernobyl. Par la suite, les médecins pensaient rassurer les centaines de milliers de personnes ayant tenté d'éteindre la chaudière infernale avec des petites phrases telles que "le tabac est plus nocif que des faibles doses de radioactivité." Ils estimaient que l'accroissement des affections observé au fil des mois s'expliquait par... l'amélioration de la surveillance médicale. Immorale, aussi, la fameuse phrase "la science exige des sacrifices" prononcée au sujet des victimes. Et ce "la question des effets de l'irradiation à faible dose porte une charge rhétorique considérable". Le souci des gens pour leur santé, de la rhétorique ?
 
 
Dose normale et normes surdosées
 
Ces balivernes ne satisfont personne : le danger des radiations n'est plus à prouver. À l'heure actuelle et dans tous les pays, on adopte le principe d'absence de seuil, selon lequel n'importe quelle augmentation anormale de la radioactivité exerce une influence sur l'organisme. Avec l'accumulation d'expériences, il a même fallu réévaluer les doses maximales et, en cinquante ans, elles ont été réduites dans un rapport de un pour mille. On a encore proposé de réviser les normes les plus récentes, car une analyse approfondie conclut que l'irradiation cause plus de dégâts qu'on ne le croyait. Le vice-président de l'Académie de médecine de l'ex-URSS, écrit : "Les petites doses d'irradiation perturbent les réflexes, modifient l'activité de l'écorce cérébrale et provoquent des altérations biochimiques et métaboliques au niveau moléculaire et cellulaire."
 
À Tchernobyl, la situation s'est réglée différemment. Tout de suite après la catastrophe, on a établi des normes temporaires majorées, trente-cinq rems au lieu de cinq avant la catastrophe. C'était un cas de force majeure, mais il a abouti à la chose suivante : la notion de norme temporaire a peu à peu disparu et il n'est resté que le mot "norme". Ces bricolages d'intellectuels servent de paravent à une médecine coupée de la société. Ainsi a été induit un mensonge que beaucoup de gens vont payer de leur santé.

Le danger principal pour tous n'est pas l'irradiation directe mais la contamination par les denrées alimentaires. En 2010, on continue d'amener dans les villages les plus pollués les produits laitiers et de boucherie d'autres régions. Ce n'est qu'une piètre solution, car les produits "purs" sont en quantité insuffisante et, malgré les mises en garde, beaucoup boivent le lait des vaches locales et continuent de manger les légumes et les fruits de leurs lopins. De fait, la poussière radioactive est balayée d'un lieu à l'autre par le vent, charriée par les cours d'eau après les pluies, répandue par le bétail et les moyens de transport. Il faudrait asphalter toutes les routes et les aires de travaux agricoles, installer plus vite le réseau de gaz dans les localités où les gens se servent de poêles à bois. On s'est contenté de recommander à la population de laver les bûches avant de les brûler et de ne pas utiliser les cendres comme engrais.

Les femmes s'inquiètent. S'il n'y a pas de danger, pourquoi déconseille-t-on d'avoir des enfants ? Les médecins notent l'aggravation des maladies chroniques, ainsi que la convalescence difficile des personnes ayant subi des interventions chirurgicales. On a vu doubler la moyenne des cancers et notamment ceux de la cavité buccale. Plus de la moitié des enfants de la région souffrent d'affection de la thyroïde. On relève des mutations du système immunitaire, les cas de cataracte chez les jeunes sont devenus fréquents.

Les autorités locales auraient pourtant dû légitimer un congé allongé pour les habitants de la région, particulièrement les enfants, puisque la pratique prouve que deux ou trois mois passés loin de la zone contaminée permettent d'éliminer efficacement le césium de l'organisme. Mais les gens vivent dans ces conditions depuis bientôt vingt ans et on leur répète encore : "vous serez bientôt relogés".

Cent milliards d'euros ont été dépensés en trois ans à Tchernobyl pour les premiers travaux et les conséquences à terme ont un coût incalculable, au point que ce seul accident a rendu ruineuse la filière nucléaire tout entière. Aujourd'hui, tout le monde veut oublier Tchernobyl. Après la radioactivité, c'est le silence qui est retombé sur la région.

 

 


 
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