Editions de La Pierre Verte

Tout sur l'Ecoquille

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Un grosse mystification circule partout en ce moment, y compris dans la presse écolo ou alternative. Cela consiste à faire croire que le regroupement des habitations permet une économie d'énergie importante. Or cette idée est un déni de la réalité puisque les statistiques les plus actuelles, lues dans un livre tout récent publié par le CSTB lui-même (Juillet 2010), indiquent que les 60% de la population française vivant en ville consomment 75 % de l'énergie nationale globale tandis que les 40 % de la population non citadine consomme 25 % de l'énergie. Bref, en ville, on utilise deux fois plus d'énergie qu'à la campagne.

Ajoutons qu'en ville on ne peut pas faire de compost, qu'on ne peut produire son électricité, ni cultiver son potager, qu'on ne peut accéder à une certaine autonomie. Ceci explique sans doute cette campagne de désinformation, comme le montre le texte ci-dessous : les lobbies industriels craignent que les gens utilisent les moyens techniques modernes ou traditionnels qui leur permettraient une certaine autonomie vis-à-vis d'eux.

En fait, les arguments utilisés pour défendre le regroupement des habitations ne sont basés que sur la statistique suivante : les citadins parcourent en moyenne 15.000 km par an en automobile contre 20.000 km par an pour les habitants de maisons individuelles. Evidemment, on oublie que ces 15.000 km sont souvent parcourus dans des embouteillages où le moteur tourne quand même, on omet de compter l'énergie supplémentaire utilisée par celles et ceux qui prennent les transports en commun, on omet de compter les camions et autres transports de marchandises qui alimentent la ville, on omet de compter l'éclairage public, etc. De plus, si les automobiles fonctionnaient mieux et avec une autre source d'énergie que le pétrole, l'argument sauterait tout de suite : une voiture électrique rechargée au photovoltaïque ou à l'éolien, ce serait l'autonomie, l'économie et l'écologie. Je connais un Suisse qui a une voiture Twike, électrique et pédale, avec 120 km d'autonomie : il fait 15.000 km par an et il a un abonnement annuel de 20 euros pour pouvoir recharger partout dans sa ville, Zurich, qui compte plus de bornes que l'ensemble de la France...

Si l'on parle de chauffage des habitations, certes les appartements sont moins énergivores, mais là encore, on compare avec les maisons individuelles au gaz ou au fuel sans compter toutes celles qui se chauffent au bois, très nombreuses et hors statistiques. De plus, les maisons individuelles d'aujourd'hui peuvent être construites pour ne pas avoir besoin de chauffage du tout alors qu'un appartement avec ses murs de béton de 16 cm d'épaisseur restera toujours dépendant d'un système de chauffage.

Bref, la manipulation est complète et bien organisée. Pourtant, n'importe quel prof de géo à la fac vous le confirmera : plus les villes grandissent, plus les populations consomment de l'énergie, c'est une évidence connue depuis longtemps. L'Insee publiait un rapport dans les années soixante qui indiquait que les populations agricoles dépensaient 412 F d'énergie, contre 658 pour les habitants des communes rurales, 762 pour les populations des villes de plus de 100.000 habitants et 838 à Paris et région... Ça a toujours été ainsi, c'est aussi le cas dans tous les pays en voie de développement : la ville est énergivore. Ne croyez surtout pas le contraire...

 
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PHASE 2
 

- Allô !

- Monsieur le président ? J'ai monsieur Gomez au visio. Il se recommande de la commission Travaux de l'Europarlement et souhaite vous soumettre le dernier catalogue de la Bétoloco. Ils proposent de nouvelles canalisations eau/câble, qui s'adapteraient, dit-il, à la rénovation de nos réseaux en Asie. De plus, les téléphonistes ne peuvent les utiliser... Nous pourrions, selon ce monsieur, leur reprendre quelques parts de marché.

- Écoutez Maïra, je reçois notre nouveau directeur dans un instant. Donnez un rendez-vous à ce monsieur. Qu'il se joigne à notre prochaine réunion de lobbying avec les représentants de l'Alliance Démocratique Nouvelle à la Commission.

- Oui monsieur, je m'en occupe. Je vous signale aussi qu'Antony Walcher vient d'arriver.

- Faites-le entrer, merci.


Gilbert Finlande, président du conseil des actionnaires, posa ses lunettes, tira ses longs cheveux gris en arrière d'un geste de la main, écarta l'écran sur son bureau et frotta son costume bleu sombre pour recevoir son nouveau directeur. La large porte capitonnée s'ouvrit et quand l'homme grand et brun, jeune chercheur dynamique, pénétra dans l'immense bureau occupant tout l'étage, il ironisa aimablement :

- C'est pour avoir un bureau aussi grand que vous vous êtes hissé à la présidence de la Mondial Wires, monsieur Finlande ?

Gilbert Finlande sourit et, tendant la main, commença aussitôt :

- Cher monsieur Walcher, je vous présente Noëlle Mabendit, notre conseillère en communication, qui répondra sans doute à vos questions tout à l'heure.

Il désigna un fauteuil et ajouta :

- Avant votre présentation officielle à nos actionnaires comme le nouveau patron de la Mondial, je voulais vous entretenir de quelques aspects de la plus haute importance concernant la stratégie de notre groupe.

- Je vous écoute attentivement.

- Nous sommes une poignée seulement, à la tête de Mondial Wires, à connaître le lent mais sûr cheminement de notre entreprise. Si nous sommes passés de la petite CGE française au groupe Vivendi, puis à la Mondial, c'est que nous avons développé un plan ambitieux. En cette cinquantième année de son application, nous allons passer à la phase 4 et il est capital que vous connaissiez la réalité de nos objectifs.

- Vous m'intriguez beaucoup, monsieur le président, je vous remercie de votre confiance et je vous écoute de toutes mes oreilles.

- Voyez-vous Antony, si nous atteignons aujourd'hui les trois milliards d'abonnés et que chacun d'entre eux nous reverse en moyenne le tiers de son salaire en abonnements de toutes sortes, c'est que nous avons su nous rendre indispensables en fournissant aussi bien de l'eau potable, de l'électricité que des services de télévision, d'information et d'éducation, en quasi-monopole pour ces dernières. Or, comme je viens de vous le dire, nous entrons dans une nouvelle phase visant la place de leader sur le marché de l'air propre qui, vous ne l'ignorez pas, est en pleine croissance et nous intéresse au premier chef. Ce sont d'ailleurs vos travaux sur les globes étanches qui nous ont poussés à vous choisir comme successeur des huit directeurs de la Mondial Wires qui ont œuvré, depuis 1986, à la mise en place de nos réseaux.

Surpris, Antony Walcher interrogea :

- Depuis 1986, dites-vous ?

- Oui. Après coup, nous avons nommé "Phase 1" la période entre 1986 et 2003. Elle nous a montré la marche à suivre. Nous étions en butte à la pensée écologiste, qui remettait en cause la croissance et jusqu'à la production elle-même. Aucun industriel n'est resté indifférent à cette menace, surgie dans la pensée collective des Occidentaux dans le dernier tiers du siècle passé. Nous avons vivement réagi. La prise en main des médias, radio, télévision et presse, est venue presque fortuitement, à peine quelques années de lobbying après 1981. Nous voulions seulement prendre de gros budgets publicitaires et nous nous sommes retrouvés maîtres de l'opinion, un contrôle de plus en plus total. Nous en avons joué et sommes parvenus à abonner ainsi un maximum de clients aux services les plus vitaux. Au début, c'était en vantant le progrès technique, le confort, la vitesse, etc. Mais au tournant du siècle, nous avons adopté une autre formule. Elle consistait à se servir de prétextes environnementaux pour conduire les gens à devenir nos clients. Effrayer d'abord, puis proposer des solutions qui nous conviennent. Le crédit accordé à la "pensée verte" a toujours été très fort, très positif, et notre contrôle des médias est tel, que nous continuons à nous servir de cette éthique pour développer notre emprise économique.

Antony Walcher interrompit le président :

- Excusez-moi, mais, avant que nous prenions le contrôle des médias, dans les années 2000 justement, il existait encore une presse indépendante, n'est-ce-pas ? Comment avons-nous réussi à circonvenir l'opinion sans qu'elle ne réagisse ?

- Nous avons eu beaucoup de chance, c'est vrai, influencer les médias a toujours été assez facile. Savez-vous, par exemple, que nous faisions croire que les éoliennes étaient bruyantes à cette époque-là ? Mais nous avons eu peur parfois que le pot aux roses ne soit trop évident. Je me souviens, au début de ma carrière, en 2005 je crois, d'un livre qui s'appelait J'attends une maison. Je l'ai encore dans cette bibliothèque, savez-vous. Je vais vous montrer. Tenez, ici, dans le chapitre sur l'eau, voyez ce qui est écrit. C'est en fait la description de notre phase 1 qui est rapportée. Étonnant, n'est-ce pas ? Heureusement, peu à peu, nous avons réduit l'opposition médiatique au silence.

Antony Walcher prit l'ouvrage épais et souple et commença à lire à haute voix :

"... Si le prix de l'eau privatisée a, en moyenne, plus que triplé par rapport à celui de l'eau publique, il faut s'attendre à ce que cela continue, tant la privatisation semble irréversible. C'était il y a une quinzaine d'années seulement et on oublie déjà que la distribution de l'eau était du ressort des communes, qui la vendaient à prix coûtant. En 1960, en France, les trois quarts de la distribution de l'eau étaient publics. Quarante-cinq ans plus tard, 80% de notre eau sont gérés par des compagnies privées, leaders mondiaux dans ce domaine.

Cohabitation, noyaux durs… Voilà l'affaire : le président Mitterrand a eu envie, avec quelques gros investisseurs, de créer des autoroutes de l'information à très haut débit. Hélas, câbler tout le pays était pharaonique. Seules les banques pouvaient réussir ce pari, par le biais d'industriels en mesure de rembourser leurs prêts, comme pour le tunnel sous la Manche ou autres pont de Millau. Pour rendre l'exploitation facile, la facturation serait établie au méga-octet ou au temps passé.

Mais quelles étaient donc les entreprises à même de gérer les comptes d'une multitude de clients branchés sur un réseau de distribution ? EDF-GDF ? Oui, mais on ne pouvait espérer, en 86, la capitaliser. Quelle autre entreprise ? Il y avait bien les compagnies de l'eau qui exerçaient ce type d'activités, mais elles étaient petites, très localisées et, à mi-chemin entre sociétés et services publics, elles avaient à muter pour faire des bénéfices.

Jacques Chirac, Premier ministre, invente alors les noyaux durs, mêlant banquiers, industriels et grands commis de l'État. Les compagnies de l'eau, vite intégrées, firent alors monter les enchères. Elles acceptèrent de s'attaquer au défi mais revendiquèrent aussi le contenu des futurs tuyaux et câbles. Distribuer du son, de l'image, des données et des pages de services ne pouvait profiter qu'en s'attaquant au marché mondial de la communication. Et donc en rachetant des télés, des éditeurs, des studios de cinéma, etc. Canal+, Universal et j'en passe, l'ambitieuse cge voulait devenir Vivendi… Que d'argent ! Il fallait donc bien saigner les Français, seul moyen de collecter des fortunes pareilles.

Jusqu'alors, l'eau nous était vendue à prix coûtant. En augmentant son prix, on disposait instantanément d'autant de liquidités supplémentaires. Et le mieux était que les gens ne discutent même pas, que ça leur paraisse normal. Aussi, pour justifier une telle augmentation du prix de l'eau, on fit croire à l'urgence de sa dépollution. Ça faisait un peu louche et le président a nommé un ministre de l'Environnement assez crédible pour que le public s'imagine qu'il y fut pour quelque chose, Brice Lalonde. Ainsi l'État et ses chouchous, sous le prétexte d'une saine moralité écologique, ont fait d'une pierre deux coups et la Lyonnaise, la Suez ou la cge allaient se gaver tout en se faisant passer pour les sauveurs de la planète. Bon plan ! C'était parti pour le racket du siècle…

Dix-neuf ans plus tard et malgré les milliards d'euros ramassés, on ne constate aucune amélioration de la qualité de l'eau du robinet, bien au contraire. Aujourd'hui, deux millions de Français boivent une eau dont le taux de nitrates dépasse la norme admissible. Dénitrifie-t-on ? Non. A-t-on abandonné l'usage critiquable de la chloration ? Non. A-t-on diminué un tant soit peu les 35% de pertes dans les conduites collectives ? Non. A-t-on installé des stations d'épuration payées par notre seule consommation plutôt que par les impôts locaux ? Non, non et re-non.

On a juste augmenté le prix de l'eau et tous les abonnés ont vu leur facture augmenter de dix pour cent en moyenne chaque année. Doucement mais sûrement, la redevance double ainsi tous les sept ans ! Certains l'ont même vue tripler. Aujourd'hui, elle dépasse un pour cent du budget des ménages, alors même qu'aucun service supplémentaire n'est fourni, qu'aucune nouveauté n'a été développée. Juste un flot de flouz..."

 

Antony Walcher referma le livre et le posa sur le bureau du président en déclarant :

- Je ne connaissais pas cette façon de voir. Vous dites qu'il s'agit de la phase 1 ?

- Oui, c'est cela. Nous sommes maintenant en 2035 et 93% des 11 milliards d'humains vivent dans des cités. À présent, vous le savez, la Mondial Wires ambitionne de lancer la phase 4, c'est-à-dire de mettre des villes entières sous cloche afin de distribuer un air assaini, débarrassé des fibres minérales, suies industrielles, pollens d'ogm, des solvants et même des poussières radioactives puisqu'en effet, les réacteurs Iter ont décidément bien des problèmes... Que voulez-vous ? Le monde est de plus en plus sale… Cela nous ouvre des perspectives prometteuses dans les pays riches et nous comptons sur vous, monsieur Walcher, pour que notre entreprise soit la meilleure sur ce créneau.

- Mon travail à la NASA sur la conquête de Mars a en effet permis de mettre au point des globes de vie étanches, capables de viabiliser de grandes populations regroupées en cités standards à étages. Nous avons géré expérimentalement des ensembles de 30.000 travailleurs/consommateurs sous le même globe, en les suivant constamment et en les fournissant en air, eau, assainissement, énergie, nourriture, enseignement et information. Nos résultats sont stables et encouragent à donner réalité à la colonisation de Mars. C'est pour bientôt, j'en suis sûr.

- Il sera d'autant plus facile d'habituer les Terriens à vivre ainsi. Mars et Terre se ressembleront un peu. Et n'oublions pas que la maison elle-même est un artifice apparu il y a quelques millénaires. Un logement est une enveloppe créée de toutes pièces. Passer à l'échelon du globe étanche répond tout autant à notre besoin de confort et de sécurité, et d'ailleurs les quartiers riches, surveillés, desservis et protégés, existent depuis longtemps, n'est-ce pas ? Ils nous ont d'ailleurs posé quelques problèmes, objets de la phase 3.

- Que voulez-vous dire ?

- Ce fut la période la plus difficile à développer. Nous nous étions entendus avec les industriels de l'agro-alimentaire pour vider les campagnes de leurs occupants. Les agro-entrepreneurs pouvaient ainsi traiter leurs récoltes à loisir et les plantes transgéniques envahir l'espace délaissé. De plus, nos réseaux n'avaient plus à desservir des logements éparpillés peu rentables. Nous n'allions tout de même pas redevenir des services publics, n'est-ce pas ? Ha, ha, ha ! Certes, les investissements avaient toujours été couverts par l'argent des impôts mais le fonctionnement de nos services devait générer de plus gros dividendes, et nous avons tout fait pour que les derniers habitants de l'espace rural le quittent. Même si les élevages de bétail avaient déjà été transférés en hors-sol, tout près des centres commerciaux et parfois même en dessous, l'opération dans certains pays d'Europe comme la France a été délicate. En 2020 par exemple, les villages du Midi était principalement occupés par les papy-boomers de l'Europe du Nord, arrivés en masse en une quinzaine d'années. Ils étaient solvables, rénovaient le patrimoine et transformaient la France en un paradis touristique pour retraités, en un grand Parc naturel européen. Leur aisance était suffisante pour que nos tarifs "habitat dispersé" leur soient appliqués. Nous étions donc contraints à patienter jusqu'à leur disparition naturelle mais, l'espérance de vie grimpant toujours, nous nous préparions à attendre quelques décennies.

Heureusement, la chance fut avec nous et c'est la dégradation des vieux réacteurs atomiques qui a accéléré la phase 3. En effet, l'un des résultats du vote final de la Constitution, que nous avions mise au point avec les politiques, a été l'abandon des services publics. Comme en Angleterre auparavant pour le service de l'électricité, puis comme pour la sncf, La Poste ou les prisons en France, on a séparé la gestion des matériels et leur exploitation. Les grandes compagnies comme la nôtre ont fait des profits sur les services dans le monde entier, tandis que la construction, l'entretien et la démolition des équipements restaient à la charge des contribuables locaux. De plus, les directives européennes tendant toujours à alléger le poids de l'État, les budgets d'entretien ont fondu et les anciennes centrales françaises, de même que les sites de stockage, ont été pratiquement abandonnés, un peu comme en ex-urss. En vingt années à peine, la situation s'est dégradée au point qu'en 2025, il n'était plus possible pour quiconque de vivre à moins de cinquante kilomètres de l'un de ces sites nucléaires. Avec les réacteurs Iter, les choses ont même empiré, puisqu'il en a été construit une centaine aux frontières pour exporter de l'énergie sur tout le continent. La pollution radioactive est devenue si omniprésente qu'il nous a suffi de dire la vérité, cette fois-ci, sur les dangers des rayonnements ionisants, pour que nos retraités émigrent docilement et spontanément vers nos cités. La phase 3 a été réussie et même accélérée par l'état déplorable de l'environnement.

- Monsieur Finlande, je découvre à quel point une entreprise comme Mondial Wires a le temps devant elle et comme celui-ci est employé à marquer des points. Vous ne m'avez pas parlé de la phase 2.

- Ah, Monsieur Walcher, ce fut un très beau coup de bluff, cette phase 2. Entre 2000 et 2010, la partie était pourtant tendue et nul ne savait à ce moment-là si les alternatives écologistes n'allaient pas triompher peu à peu. Elles avaient le vent en poupe et l'Europe du Sud, comme les pays en voie de développement, se couvrait d'aérogénérateurss et de chauffe-eau solaires. On a vu une vague se lever pour promouvoir l'écohabitat, un peu comme auparavant la vague pour l'alimentation bio. Les journaux ne parlaient plus que de construction écologique. Le moindre salon, la plus petite foire présentait des moteurs Pantone, des panneaux solaires, de petites éoliennes, et ces adversaires de Mondial Wires que sont les toilettes sèches, la phyto-épuration et la récupération de l'eau de pluie.

- Phyto-épuration, toilettes sèches ?  interrompit Antony Walcher, de quoi parlez-vous ?

- À cette époque, les gens avaient encore le choix d'habiter où ils le désiraient. Les citadins créaient des résidences secondaires pour leurs loisirs tout en se pressant en ville pour leur travail. Les retraités, eux, cherchaient le calme et le soleil, les jeunes couples voulaient offrir à leurs enfants un espace naturel pour qu'ils puissent s'ébattre, courir ou faire du vélo avec leurs copains, avec un maximum de services alentour.

- Du vélo ?

- Oui, souvenez-vous, c'était un véhicule autonome à énergie musculaire que les gens utilisaient pour la promenade ou de courts trajets. C'était avant que la Mondial Food ne livre les repas par leurs canalisations urbaines. Depuis, les gens ne sortent pratiquement plus de chez eux et ne savent plus d'où viennent leurs aliments. Par contre, ils commandent ce qu'ils veulent et le reçoivent en quelques minutes. Un progrès impossible si la phase 2 avait échoué. Je suis sûr que votre conseillère, madame Mabendit, a étudié soigneusement cette période pour mener notre communication actuelle, n'est-ce pas Noëlle ?

- Tout à fait, monsieur le président.

- Voulez-vous dire à Antony ce que vous avez appris de la phase 2 ?

- Merci monsieur, je vais essayer. C'est vrai que les gens étaient encore assez libres d'habiter et de penser comme ils le voulaient, en fonction de leurs goûts et de leur tempérament. Ma grand'mère, par exemple, avait choisi de s'éloigner de la ville pour trouver le calme. Par contre, ma mère, elle, craignait de vivre isolée et avait choisi un lotissement de banlieue. On voyait des habitations de toutes sortes et pour tous les goûts.  Il y avait une grande diversité et les gens allaient jusqu'à "rêver" de leur logement !

- Je voudrais signaler à Antony nos accords informels avec la Mondial Build, interrompit Gilbert Finlande. Nous avons des intérêts si convergents qu'il nous est inutile de les formaliser. Tout ce qui est bon pour eux l'est pour nous. Ils construisent des logements, nous les raccordons et les alimentons. Dans un souci de rentabilité, nous avons le même intérêt à regrouper les citadins. Les gens travaillent ainsi dans nos usines ou bureaux proches, ou bien depuis chez eux. Ensuite, ils dépensent leurs revenus dans nos services, distraction, communication ou nourriture, c'est le meilleur des mondes possibles, non ? De toute façon, avec la grande crise du pétrole, il a bien fallu arrêter de se déplacer autant. Mais reprenez, Noëlle, s'il vous plaît.

- Nous savons que l'uniformité conduit à la tristesse et que l'homogénéisation de l'habitat a rendu les gens de plus en plus moroses, et donc dépendants des distractions palliatives que nous leur proposons. Leurs rêves n'ont jamais été dangereux, en fait, car c'est la parcimonie des moyens financiers qui a déterminé l'habitat. Peu informé, le public choisit toujours le moins cher. Ainsi s'est développée la Mondial Build, ex-Bouygues, grand industriel de la télévision, du téléphone et de la construction. En s'appuyant sur une certaine misère financière, les majors du bâtiment ont pu écouler leurs produits médiocres mais rentables, et ont peu à peu été capables de bâtir et de contrôler les grands ensembles des années 2010. Le retard accumulé en matière de logements en Europe était si important, près de 20 millions manquants, que les gens n'ont pas pu refuser ce qui leur était proposé : nos cités.

- Mais, à ce moment-là, monsieur le président, interrogea Antony Walcher, nous avions déjà la loi sru, n'est-ce pas ?

- Oui, justement ! déclara Noëlle Mabendit. Elle a été, involontairement dit-on, la clef de notre propagande. Mondial Wires a lancé la phase 2 de son développement une année ou deux après le vote de cette loi proposée par Les Verts, membres du gouvernement, en 2000, je crois. Comment s'appelait-elle déjà, cette ministre ? Dominique Banet, Boinet ? Ah oui, Voynet.

- Effectivement Noëlle, reprit Gilbert Finlande, les écologistes sont parvenus au pouvoir durant quelque temps. Heureusement, nous avons obtenu la promulgation de la Constitution européenne par la suite, qui a systématiquement délayé les positions radicales dans un grand consensus généralisé. De cette façon, aucun gouvernement n'a jamais plus été en mesure de lancer de véritables alternatives de développement. C'est ainsi que nous avons pu combattre les parcs éoliens qui fleurissaient partout. En 2005, des lois de circonstance ont limité leur puissance en obligeant toutefois à des minima. L'affaire est devenue de plus en plus difficile à gérer, la rentabilité, moindre. Dans les années suivantes, la fin des monopoles et la libéralisation de la distribution de l'énergie ont fait le reste. Nous avons étouffé les aérogénérateurs dans l'œuf.

- Nous avons également échappé aux petites éoliennes chez les particuliers dans leurs coins de campagne, renchérit Noëlle Mabendit. Tant que les gens avaient des lieux assez vastes, des jardins par exemple, il leur était possible de trouver les moyens de leur autonomie. Ils pouvaient tenter l'assainissement naturel de leurs déchets, le compost, le potager, les panneaux solaires, etc, toutes choses devenues impossibles dans nos cités. Les toilettes sèches, monsieur Antony, c'est une idée qui n'a pas eu le temps de se développer. Elles n'étaient pas encore sorties du bricolage que nous les avons fait interdire par la Commission sous prétexte de risque sanitaire dans la proximité des cités. C'était suite à une épidémie de salmonellose, pas plus grave que les autres, mais venue au bon moment.

- Excusez-moi Noëlle, intervint Antony Walcher, vous avez parlé d'autonomie, de tentative d'autonomie. J'ai un peu de mal à concevoir ce désir. Personne ne parle d'autonomie aujourd'hui, me semble-t-il. Expliquez-moi ce qu'il en était, s'il vous plaît.

- Les gens en avaient assez des politiques, ils ont même failli refuser la Constitution. Ils ne comptaient plus sur personne, étaient rarement décidés à s'assumer par eux-mêmes, et nous les sentions mûrs pour se laisser conduire où nous voulions. Plus de recours, un peu de paranoïa dans les médias et, généralement, le public adopte la première solution qui passe. Ce procédé fataliste est l'un des meilleurs et nous nous en servons souvent. La communication, c'est essentiel, n'est-ce pas ? Je continue : lorsque la loi sru a été votée, c'était sur de bonnes intentions, sans doute. Mais elle n'a pas été appliquée par ceux qui l'avaient promue et nous avons pu en tirer avantage. J'ai étudié le fait qu'à l'époque, on inventait des termes flatteurs et faciles à détourner, qui ont eu souvent l'effet inverse de celui qu'ils voulaient défendre. Par exemple "développement durable" a surtout permis de faire durer le développement. De même le terme hqe, Haute Qualité Environnementale, un label appliqué au bâtiment. Il a eu pas mal de succès auprès de certains architectes et urbanistes qui ont pu ainsi soulager leur conscience tout en continuant à s'intéresser principalement aux projets collectifs, les seuls qui leur rapportent de l'argent. À peine l'association et la norme hqe étaient-elles nées qu'edf, Total et Saint-Gobain, entre autres, y prenaient part. Ces grandes entreprises françaises étaient championnes du lobbying. C'est pourquoi l'État recommandait, par exemple, d'isoler avec 20 cm de laine de verre pour faire plaisir à Saint-Gobain, mais certainement pas 40 car Total aurait vendu deux fois moins de fuel... Toutes ces concurrences stupides ont été éliminées par la création des Mondials d'aujourd'hui. Voyez, on n'arrête pas le progrès...

- Vous ne m'avez pas répondu sur l'autonomie...

- Ah oui, excusez-moi, répondit Noëlle Mabendit en rougissant.

- Peut-être Noëlle est-elle trop jeune pour en parler, s'interposa Gilbert Finlande, je vais vous expliquer. Tant que nous parlions aux gens d'économies, notre situation ne s'en trouvait pas vraiment modifiée, le développement des pays pauvres compensant largement. Prenez les voitures à essence du début du siècle. Elles n'ont cessé de baisser leur consommation et, en vingt ans, sont passées de 10 litres au cent à 3 litres. Mais à aucun moment cela n'a terni nos bénéfices, bien au contraire. Les chiffres sont là : en France, de 1973 à  2003, début de la phase 2, la consommation de carburants a doublé, le parc automobile aussi, le tout malgré le fait que la population rurale soit tombée à moins de 20%. Au contraire, pour alimenter les villes, les camions sont devenus omniprésents. Songez qu'en dix ans, le volume du transport routier de marchandises a augmenté de 50%. Malgré le renchérissement du prix des carburants, les véhicules roulaient de plus en plus. Comme quoi, si le principe de faire des économies est satisfaisant, il ne remet rien en cause. Il s'agit en fait d'accommoder le public à nos nécessités. Quand il pense s'écarter de ce que nous proposons en en faisant l'économie, cela nous donne toutes raisons d'ouvrir d'autres marchés ailleurs, au nom de l'indispensable croissance. Faire faire des économies d'eau au public nous permet de minorer nos investissements, et la peur du manque aide à la majoration de nos tarifs, cqfd. L'essentiel pour nous étant de conserver les branchements, de développer les abonnements, de rester centralisés. Avec l'idée d'économies, malgré la contrainte, le public ressent un soulagement. En plus, il dégage des finances nouvelles pour consommer autre chose... Nous prenons toujours soin de créer une sensation de pénurie, des craintes pour la santé ou toute autre angoisse, de façon à ce que le public fasse des économies immédiatement, plutôt que de rechercher de vraies alternatives.

- Quel genre d'alternatives ?

- Nous avons eu un peu de fil à retordre avec ceux que l'on nommait les alternatifs, les altermondialistes, les écologistes de base. Beaucoup  moins avec Les Verts, notons-le. Au début de la phase 2, nous avons constaté un véritable engouement pour des solutions nouvelles, non-polluantes, sans consommable, libres en quelque sorte, concernant la gestion de l'eau ou celle de l'énergie. En plein sur nos plates-bandes, n'est-ce pas ? Ils ne parlaient pas d'économies mais de décroissance... Alors, ne voulant pas prendre la tendance à rebrousse-poil, nous avons appris à nous en servir. Prenez le cas de l'huile végétale comme carburant automobile. Notre presse s'en est fait maintes fois l'écho, d'autant que nous savions bien que cette solution était une impasse. Mais tant que nous en parlions comme d'une possibilité, le public pensait que la voie était intéressante, peut-être une solution, freinant ainsi d'autres recherches plus réalistes. Nous avons évoqué aussi les voitures électriques mais en prenant soin de ne pas les développer et de ne pas en vendre. Pourtant, nos médias ne se privaient pas d'y voir un atout pour la propreté des villes. Là encore, nous savions qu'il s'agissait d'une impasse. Si bien que lorsque le prix de l'essence a atteint les 6 euros au litre, aucune alternative n'était suffisamment développée et nous avons pu aisément placer la pile à combustible, la rentabiliser en deux années à peine et accumuler par la suite des bénéfices cent fois plus importants que ceux qui avaient été faits sur le pétrole. Notre réseau de distribution s'est enrichi d'un produit indispensable, les cartouches d'hydrogène, que nous proposons maintenant à la carte ou par abonnement, avec des forfaits mensuels pour la famille, le commerce ou l'industrie.

- Pourtant la circulation automobile a tellement diminué aujourd'hui. Que s'est-il passé pour la Mondial Wires ?

- Oh, rien de bien grave. Nous avons progressivement remplacé les déplacements de population par des livraisons à domicile par nos réseaux, nos canalisations, nos lignes de toutes sortes. En fait, l'énergie consommée par les gens regroupés en cités n'a pas diminué, au contraire. En 2005, 70% de la consommation énergétique nationale était consommée en ville, aujourd'hui c'est 95%. Les services que nous offrons ont un coût énergétique important, mais nous en sommes aussi les pourvoyeurs. Peu importe au final, l'essentiel étant de reprendre aux gens, aux salariés, à ceux à qui nous versons des retraites, la quasi-totalité de leurs revenus, préférentiellement sous forme d'abonnements.

- La fin du pétrole a considérablement transformé la société, ajouta Noëlle Mabendit, mais nous avions déjà câblé et relayé l'essentiel de la population. Le plus important a été de regrouper tout le monde au plus vite. Et justement, la perspective de manquer de pétrole a permis de jeter le discrédit sur les brebis égarées en leur reprochant de consommer des transports coûteux en énergie fossile. C'était d'une hypocrisie absolue car l'augmentation de la consommation énergétique est directement proportionnelle, depuis deux bons siècles maintenant, à la progression des cités. À aucun moment la consommation moyenne en produits pétroliers des citadins n'a été inférieure à celle des ruraux, il suffisait de voir les embouteillages du dimanche. En 2004, on voyait aussi des camions enlever des crevettes en Suède, les porter au Maroc pour être décortiquées, pour être retransportées dans les supermarchés européens, avec une croissance en volume de 30% par an. On savait par des études que la fabrication d'un yaourt à la fraise nécessitait le transport routier de ses ingrédients sur plus de 5.000 kilomètres. Et pourtant, après les agriculteurs eux-mêmes, nous avons réussi à faire croire que les gens dispersés dans nos campagnes étaient les plus gros pollueurs, uniquement en montrant que leur taux d'équipement en seconde voiture était supérieur. Il l'était certes, et principalement parce que l'un des membres du couple travaillait dans les cités, justement... Bref, nous nous sommes régalés. En manipulant les statistiques, on obtient ce que l'on veut, même contre toute évidence.

- Et puis nous voyons bien à l'heure actuelle, renchérit Antony Walcher, que l'absence de circulation automobile est telle que le taux de co2 dans l'atmosphère est en pleine régression. La nature reprend ses droits, c'était facile à prévoir. En attendant, la paranoïa sur ce sujet a permis de faire avancer le nucléaire d'autant. La propagande sur l'état de l'atmosphère a autorisé une progression masquée mais continue des programmes atomiques, alors que cette énergie nous pose maintenant de vrais problèmes et que nous avons toujours connu sa dangerosité.

- Je vois que vous avez un peu étudié le dossier, monsieur Walcher, ironisa le président. Seriez-vous contre le nucléaire ?

- Mais... mais, heu...

- Quoi ?

- Euh… mais enfin, bredouilla Antony, euh... vous ne m'avez toujours pas parlé de l'autonomie.

- Le mieux est de ne pas en parler du tout, monsieur Walcher, répondit fermement Gilbert Finlande. Je pense que vous en savez maintenant assez pour exercer vos responsabilités. Il est temps que nous nous rendions au Palais des Congrès pour votre présentation aux actionnaires de Mondial Wires. Je vous fais appeler un taxi. Nous nous retrouverons sur place tout à l'heure, s'il vous le voulez bien.

Antony Walcher serra la main de son président, puis celle de sa conseillère en communication. Il prit congé rapidement et, dans l'ascenseur, essaya de se résumer les phases 1, 2, 3 et 4 pour ne plus les oublier. Dans le hall de l'immeuble, il demanda son taxi, posa son masque filtrant sur le visage avant de grimper dans le véhicule, direction le nord de la cité, dans une circulation pratiquement inexistante.

À la radio, une chanson vieillotte fut annoncée par le speaker : "Suite de notre rétrospective début de siècle, une chanson intitulée "Les Trous Verts, fauteurs de Trous Bleus ?". Vous ne vous en souvenez sans doute pas, mais elle a été interprétée par Juliette Maxime dans son premier album datant de 2007."

La chanson commença :

"Je vais de château en château et de ville en ville
Mais on me chasse aussitôt, on me dit même débile
Car chanter ma campagne, son charme et ses cieux
A le don, semble-t-il, de faire quelqu'envieux
Pourtant, j'en reste à mes premières amours
Et chanterai longtemps ses splendides atours
Ainsi que facilités et nombreux avantages
Même s'ils paraissent à présent d'un autre âge.
Oui, quand je vais au marché chaque semaine
Aucun emballage dans mon sac je ne ramène
Des œufs qui n'ont pas fait vingt kilomètres
Sur ma table avant d'être présentés
Tandis qu'on feint qu'il leur suffit d'apparaître
En ville, au rayon des supermarchés.
Quand je vois des bûchettes vendus à la station-essence
Pour faire dans une villa Promotélec une petite flambée
Je suis contente d'avoir au moins la décence
D'utiliser dix vraies stères, l'hiver, pour me chauffer.
Dans mon jardin, j'ai toujours une éolienne,
De mon confort, la grande alliée,
Et je fais les tempêtes miennes
En moissonnant de l'électricité.
S'il fait beau, pour moi, c'est magique
Car j'ai des panneaux photovoltaïques
Et quand il pleut dehors, je me réjouis
Car ma citerne en chantant se remplit.
Cette eau ira demain dans mon potager
Et je ne crains pas la venue de l'été.
Je récolterai mes fruits et légumes
Du jardin à la table, sauf les agrumes.
Je ramasserai des châtaignes dans les bois,
Prunes, airelles et mûres dans les haies,
Et rangerai pour sept ou huit mois
Bocaux et confitures que je cuisinerai.
Je fais mon pain, j'ai du levain
Et du ferment pour mes yaourts
C'est très facile et c'est très sain.
Chez le médecin, je crée le doute.
Quand je sors à nuit, je vois la lune,
Et prends un bain dans ma lagune,
En ville, tant d'éclairage électrique
Qu'étoiles sont mirages hypothétiques
Moi, je recycle, je transforme, je m'amuse
Et mes déchets sont souvent réemployés.
Mais le plus précieux, mon amour, c'est ma liberté
Dont me sers chaque jour pour qu'elle ne s'use.
"

Antony Walcher avait bien entendu !! Cette vieille chanson racontait en quelques mots l'autonomie et il en saisissait brusquement à la fois le sens et le risque. Et puisqu'il était devenu le patron de la Mondial Wires, il se devait d'agir. Il saisit son téléphone, en ligne directe avec le siège, et prit sa première décision : racheter Radio Nostalgie et interdire sur tous les réseaux de Mondial Wires toute émission passéiste qui eût trait aux années 2005/2010, début de la phase 2.

Le taxi traversait d'anciennes zones commerciales. Il y avait une autre voiture derrière. Juste après le carrefour, coiffant un immense hangar gris, les lettres géantes du mot Auchan s'affaissaient sur le flanc. Antony demanda au chauffeur de ralentir, puis de se garer sur le vaste parking devenu inutile et dont le goudron éclaté par les mousses laissait passer des graminés sauvages. Antony mit son masque et descendit de voiture. Il avait besoin de marcher, d'être seul un instant, de repenser à ce jour si important où il devenait directeur de Mondial Wires ! Il marchait instinctivement vers l'entrée de la galerie commerciale abandonnée et aperçut alors des silhouettes circulant derrière les vitres brisées. Doucement, il s'approcha un peu plus et aperçut trois ou quatre hommes qui semblaient se cacher. Des résistants peut-être, ou bien de pauvres hères ayant trouvé refuge dans cette galerie. Non, il devait bien s'agir de résistants, des "Agricols" même, car on pouvait tout à fait distinguer leurs arbalètes à la main.

Antony Walcher était un peu malchanceux et beaucoup trop curieux. Il fut transpercé d'une flèche verte.

 

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En matière d'habitat écologique, il est clair que bien des idées généreuses et justes qui ont été avancées sont à présent récupérées pour servir les intérêts des grands industriels. Et on n'hésite pas à retourner les vérités pour s'en auréoler. Ainsi Gaz de France lance-t-il le slogan "Le gaz, une énergie durable", alors qu'il n'en est justement pas une et que son exploitation cessera dans quelques décennies. La Redoute faisait pareil : c'est quand elle ne pouvait plus livrer en moins de deux semaines qu'elle faisait poser des centaines d'affiches géantes pour vanter son service "vingt-quatre heures chrono". Ils savent le faire, ça, les communicants. Ils savent faire une propagande pour anéantir la vérité. Voir, par exemple, ce que bien des gens disent des grandes éoliennes, sans jamais avoir jamais été vérifier par eux-mêmes. Voir la campagne sur la radio de l'État pour le bloc béton, le parpaing, que l'on présente comme écologique ! Or, s'il n'existait pas, il n'y aurait peut-être pas eu besoin d'écrire ce livre. Car, en effet, tout l'inconfort et la bêtise des bâtiments actuels provient en grande partie de ce fichu parpaing de béton de ciment, éminemment anti-naturel.


Et c'est bien grâce à ce genre de mystifications que les tenants du système désinforment et trompent le grand public. On dit : "il serait écologique de regrouper les habitations" alors que les intérêts des puissants sont à peine cachés. Ne nous laissons pas berner. Soyons critiques et vigilants. Refusons que les idées écologistes soient ainsi trop facilement détournées. Battons-nous pour préserver nos libertés, celle d'habiter où l'on veut, par exemple, si ça ne dérange personne, une liberté de plus en plus mise à mal et qui mériterait pourtant une véritable mobilisation. En effet, de cette liberté de se loger en découle beaucoup d'autres : celle de planter une éolienne, par exemple, chose actuellement impossible en ville, celle de pratiquer les toilettes sèches ou la récupération d'eau, celle de disposer d'un potager et de composter ses déchets, celle de construire un bassin de lagunage pour l'épuration des eaux, toutes choses qui demandent de l'espace et un contact direct avec la nature pour être mises en œuvre, ainsi qu'une certaine indépendance vis-à-vis de la collectivité.


"Liberté, liberté chérie". Il ne faudrait pas que l'écologie devienne restrictive, oppressante, et même trop exigeante. Restons souples, permettons aux goûts et aux couleurs de s'exprimer. L'harmonie vient de la diversité et il serait dangereux de proposer un type d'habitat si perfectionniste au plan écologique qu'il en devienne un moule rigide. Car alors, il est vrai, le plus économique et le moins néfaste à l'environnement naturel serait bien un habitat resserré, voire des immeubles en ballots de paille obligatoires pour tout le monde ! Tout ceci si l'on n'a pas compris que nous faisons, nous aussi, partie de la nature et que la diversité de nos logements vaut comme celle des nids et terriers de toutes les autres espèces vivantes.

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Démographie et écologie (et autonomie ?)

On s'angoisse : bientôt 7,5 milliards d'humains. C'est la cata, la fin du monde !

Mais bon... à votre avis, ça fait quoi 7.500.000.000 d'humains si on les met à 3 par mètre carré (genre foule même pas tassée) ? L'Europe ? La France ? Calculons : dans un kilomètre carré (1000 m x 1000 m = 1 million de m2) on en mettrait donc 3 millions. Si bien qu'avec 2.500 km2, tout le monde tiendrait. Et ça fait quoi 2.500 km2 ? Ça fait un petit carré de 50 km par 50 km seulement, soit la moitié de l'Ariège... Incroyable non ? Alors sommes-nous si nombreux que ça ?

Autre calcul : tous ces humains réunis à 4 par famille (ce qui n'est pas beaucoup), ça fait un peu moins de 2 milliards de famille. On donne à chacune 500 m2 pour vivre, soit une maison de 80 m2, un jardin potager de 200 m2, un coin pour deux chèvres et six poules, un coin pour les toilettes sèches et le compost, un coin pour les arbres fruitiers, un coin pour 20m2 de panneaux photovoltaïques (le soleil donne 4 kWh/m2, 1.000 fois la consommation mondiale actuelle) et pour l'éolienne, on récupère l'eau de pluie (puisqu'il en tombe du ciel chez nous 10.000 fois plus que ce que nous consommons, agriculture + besoins domestiques). Soit 2 milliards x 500 m2 = 1000 milliards de m2 = 1 millions de km2, c'est-à-dire même pas deux fois la France en comptant large ! Un septième du Brésil...

Bon, alors ? Qu'en conclure ? 

On nous dit que la Terre ne supporterait pas plus de 500 millions d'habitants sans dépérir. Est-ce si évident ? N'est-ce pas une simple question d'organisation. Oui, avec notre modèle actuel, on va droit dans le mur. Avec la centralisation, la division du travail, l'agriculture intensive, les profits des banques, la mondialisation, les transports, etc, tout va de plus en plus mal., c'est sûr. Mais avec l'autonomie de chaque famille dans des logements intelligents, avec les circuits courts, il en irait certainement autrement.

Et même sans aller jusqu'à l'extrême, ça fait réfléchir, vous ne trouvez pas ?

 
 
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François Desombre est l'auteur de "J'attends une Maison, le guide de l'habitat écologique", un gros ouvrage de 600 pages, agréable à lire et bourré d’infos, qui expose les enjeux de l’habitat écologique, compare les procédés, résume l'intérêt de chaque matériau, propose solutions et conseils. Il comporte aussi un annuaire de 2700 intervenants dans l'écohabitat en France. Un ouvrage réellement utile, complet, actuel.
 
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