Editions de La Pierre Verte

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L'assainissement
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DES SOLUTIONS POUR ÉPURER SOI-MÊME

Pour ceux qui souhaitent approfondir une démarche écologique et cultiver leur autonomie en choisissant de créer leur propre système d'épuration des eaux ménagères, il s'agira d'abord de convaincre la mairie et la DDT (ex DDE) de ne pas s'opposer à l'installation d'un système d'assainissement naturel comme ceux que nous verrons ci-dessous, sans doute trop alternatifs, trop simples et trop efficaces pour paraître honnêtes. En effet, à proximité d'un tout-à-l'égout existant, la mairie peut contraindre au raccordement, même après la construction de la maison et son équipement d'une station d'épuration autonome. Par contre, dans l'impossibilité de raccordement, c'est alors une obligation à l'assainissement individuel qui émanera de l'administration, dans les deux ans après le début d'occupation des lieux. Du tout ou rien, quoi… L'assainissement autonome tel que la DDASS le définit doit pouvoir traiter toutes les eaux usées dans une même installation. Il n'est donc pas fréquent que des procédés d'épuration plus perfectionnés encore, souvent séparatifs, soit acceptés et les solutions présentées ici devront parfois être défendues avec un peu d'entêtement.

Quelle différence y a-t-il entre la version de l'assainissement autonome vue par les autorités et la version écologique que nous défendons ici ? Dans le premier cas, après que les eaux de la cuisine aient été filtrées dans un bac à graisse, toutes les eaux usées domestiques sont mélangées, puis conduites dans un réservoir, une fosse toutes eaux, en béton ou Pvc, dans laquelle se dégradent les rejets grâce à des bactéries anaérobies. Ces bactéries proviennent de notre estomac lui-même, puisque vingt pour cent de nos étrons en sont constitués. De fait, nous avons beaucoup plus de bactéries dans notre ventre que de cellules dans l'ensemble de notre corps et nous rejetons ces minuscules et indispensables auxiliaires de notre digestion, encore actifs, à raison de plusieurs milliards d'individus par gramme de selles. Ces bactéries digèrent d'abord nos aliments en nous, puis elles s'en prennent à nos excréments dans la fosse d'aisance, minéralisant peu à peu les boues en produisant du méthane.

L'installation d'un assainissement autonome recommandé officiellement exige une bonne ventilation, un grand regard pour l'entretien et plusieurs petits, puis un système d'épandage des eaux résiduelles dans le sol. Coût global des matériels : environ 1.500 euros, auxquels on ajoutera la main-d'œuvre d'un professionnel, normalement obligatoire. Ce coût peut être doublé si le terrain ne permet pas un épandage facile. Des systèmes permettent de compenser les défauts du sol mais ils sont onéreux, d'une part, et le travail du professionnel sera plus complexe, d'autre part.

Ce procédé nécessite une vidange du bac à graisse et de la fosse de temps en temps, rarement si on utilise des additifs spéciaux. Même si le fonctionnement de ces équipements fait appel à un principe de dégradation naturelle, il en résulte des boues contenant des polluants suffisamment néfastes pour empêcher leur valorisation. Par ailleurs, le méthane dégagé ne sert à rien, sent mauvais et se trouve mis en en cause dans l'augmentation de l'effet de serre atmosphérique.

Dans le second cas, l'épuration dont nous voulons vous parler ici, il y a séparation des rejets. Les toilettes sèches récupèrent les matières fécales pour être compostées et utilisées comme engrais, tandis que les eaux grises sont épurées de leur côté au point que l'on peut créer un étang en bout de chaîne, avec des poissons et une eau claire, baignable, quasi buvable. Si le système est perfectionné, l'eau sera dénitrifiée et rendue plus pure encore que celle distribuée au robinet. En tout cas, son impact sur la faune et la flore sera nul, voire positif, puisqu'il existe même des plantes aquatiques capables de fixer les métaux lourds ou les pesticides.

La gestion correcte de nos déchets liquides et solides est un atout, voire une ressource, pour sortir de la crise due à l'épuisement des sols agricoles et à leurs diverses contaminations, mais aussi pour produire du gaz et de l'énergie ou pour créer des marais plantés, hauts lieux de biodiversité et abris d'espèces en voie de disparition.

Les systèmes d'épuration biologique par les plantes sont capables de reproduire les processus naturels d'élimination. Depuis 1946, date des premiers essais en Allemagne, ces systèmes sont sans cesse améliorés par des expérimentateurs intrépides et donnent aujourd'hui des résultats irréprochables. Aux États-Unis, plus de 150 grandes villes ont un système de traitement des effluents par les plantes. À Denham en Louisiane, cité de 20.000 habitants, 12.000 mètres cubes d'effluents par jour sont épurés dans une plantation de cannas de 6 hectares dont le coût d'installation a réduit d'un million d'euros le budget normalement alloué à la création d'une station d'épuration classique de même capacité. L'économie de maintenance est supérieure à 5.000 euros par an. En France, des stations d'épuration écologiques, bassins plantés de phragmites, par exemple, traitent les eaux usées de petites communes et ce genre de réalisations se développe au galop sur tout notre territoire. À Pannessières dans le Jura, des pionniers, mais aussi, pour le compte de la seule société Épur'Nature, la liste incomplète suivante : à Bonnefamille, Saint-Martin d'Uriage dans l'Isère, à Coise, Albens, Orelle, Queige, Boussy-Salles, Cruseilles, Jablines-Annet en Savoie, à Chanay, Dompierre, Izernove, Lompnas, Maillat dans l'Ain, à Coucy-les-Eppes (02), Jabron, Bevons (04), Éourres, Champcella (05), Les-Salleles, Lussas (07), Cunfin (10), Bugarach (11), Eraines-Versainville, La-Hoguette (14), Claix, Dirac, Garat (16), à Castirla, Palasca (20), à Rochefort-Sanson, Saint-Avit (26), Lussan, Vic-le-Fesq (30), Bonrepos-sur-Aussonnelle (31), Pomarez (40), Bully, Chenereilles, La-Gimond, Le-Crozet, Salt-en-Donzy (42), Livernon, Montredon (46), Brimont (51), Bugnières (52), Deuxville (54), Saudrupt (55), Aulhat-Saint-Privas, Bouzel, Clémensat (63), Bruges (64), Aulon (65), Erckartswiller (67), Gommersdorf, Manspach (68), Meys, Montromant, Sainte-Catherine (69), Calmoutier, Valay, Chaux-la-Lotière (70), Les-Granges-du-Bois (78), Pougne-Hérisson (79), Mirandol-Bourgnounac, Viane (81), Campsas, Nohic (82), Pourcieux (83), Roussillon, Rustrel (84), Adriers (86), Véron (89), Angervilliers (91) sans compter des dizaines de gros campings, des aires d'autoroute ou d'autres réalisations de plus en plus nombreuses. Allez les voir ! Qu'elles servent de références pour convaincre.

Ces exemples d'équipements collectifs d'épuration naturelle sont à souligner car, comme l'ont bien compris les militants et professionnels en ce domaine, pour que les particuliers se voient autorisés à implanter des systèmes analogues chez eux, il faut d'abord convaincre les autorités de leurs qualités en les démontrant par des réalisations fiables, faciles à contrôler et esthétiques.

Les bassins d'épuration plantés sont capables de clarifier et d'assainir toutes les eaux usées domestiques mélangées. Mais le fin du fin, nécessitant des surfaces de lagunage bien moindres et respectant les cycles de biodégradation, c'est de traiter les déchets organiques selon des filières différentes.

Il s'agit d'abord de séparer l'évacuation des eaux brunes chargées d'excréments, un tiers des effluents, de celle des eaux grises de cuisine et d'hygiène, les deux autres tiers, pour les traiter chacune comme il convient le mieux. À partir de là, le processus consiste, d'une part, à composter les gros résidus et matières fécales qui deviennent de bons engrais, meilleurs que ceux en sacs, ainsi qu'à, d'autre part, épurer les eaux grises par l'action des algues, des micro-organismes et de la décomposition bactérienne aérobie qui s'effectue dans les rhizomes de plantes des marais ou par les lentilles d'eau et les plantes aquatiques diverses. L'écoulement lent permet la décantation et la sédimentation, tandis que le lagunage expose l'eau clarifiée aux virulicides ultraviolets du soleil, etc. Tout le processus naturel, rien que le processus naturel, avec toute son efficacité prouvée depuis la nuit des temps par la nature elle-même.
 
La biodégradation de la matière vivante est un cycle permanent. À dire vrai, la terre que nous foulons ou que nous cultivons est une couche peu épaisse, rarement plus d'un mètre et souvent moins de vingt centimètres, que l'on dit végétale mais qui est le substrat dont toute la vie émerge et où elle retourne instantanément, à l'échelle des temps géologiques. Une sorte de fine pellicule, riche de molécules complexes, à la fois dépotoir de la vie et terreau de toute naissance. L'association Eau Vivante écrit : "Les déchets d'un organisme sont toujours la nourriture d'un autre. Permettre à cette loi de s'exprimer conduit à l'abondance. L'enfreindre conduit aux nuisances que nous connaissons car, inconsidérément gérés, nos déchets nous reviennent comme un boomerang en détériorant notre santé et notre qualité de vie."

Des milliards de milliards de fourmis mortes, des milliards de tonnes de feuilles, bien plus encore de grains de pollens, un nombre incalculable et vertigineux de bactéries, autant de papillons et de fougères, 80 milliards d'humains au total et tous les autres vivants, avec leurs repas, se sont constitués des nutriments du sol, que ce soit par les racines ou par la chaîne alimentaire et ils sont retombés là, retournant à la terre arable, cette glèbe moussante de vie, masse brune et tiède d'où prolifèrent sans cesse, sous l'effet du gaz carbonique et de l'oxygène, des myriades de structures molles, aqueuses et complexes, d'un beau vert chlorophylle ou d'un beau rouge sang, capables de croître et de se reproduire avant de succomber toutes seules. Une seule et même masse, digérée dix fois au moins par les vers de terre et les micro-organismes du sol, qui croît et se diversifie au gré des potentialités que lui donnent ses propres déchets. Il paraît qu'à Waterloo, les arbres sont superbes…
 
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Quand on meurt, c’est pour la vie… La vie a besoin de nos chairs et de nos excréments. Ils se mélangent avec cinq fois plus de déchets carbonés et forment l'humus, noir, riche, léger et délicatement parfumé sur lequel naîtront les arbres et les bêtes, les cerises et les églantines, la musique et les enfants. Victor Hugo écrit : "Si notre or est fumier, en revanche, notre fumier est or. Ces tas d'ordures du coin des bornes, ces tombereaux de boue cahotés la nuit dans les rues, ces affreux tonneaux de la voirie, ces fétides écoulements de fange que le pavé nous cache, savez-vous ce que c'est ? C'est de la prairie en fleurs, c'est de l'herbe verte, c'est du serpolet et du thym et de la sauge, c'est du gibier, c'est du bétail, c'est le mugissement satisfait des grands bœufs le soir, c'est du foin parfumé, c'est du blé doré, c'est du pain sur votre table, c'est du sang chaud dans vos veines, c'est de la santé, c'est de la joie, c'est de la vie."

Oui mais voilà, ça y est : l'humanité a commencé à briser le cycle. Encore une innovation inspirée, ça. Nous sommes des spécialistes, n'est-ce-pas ? Alors maintenant, on brûle les épluchures, on entasse des boues excrémentielles dans des petits coins sans les mêler aux végétaux, on incinère les morts ? On fait donc partir en fumée des quantités incroyables de molécules qui ont mis trois milliards d'années à se constituer. On soustrait de sa force à la terre, matrice de tout. Elle se minéralise peu à peu et perd son énergie vitale. Encore une de nos bêtises sans mesure. Totale inconscience, le doigt vissé dans la tempe… Ah, chère humanité, d'inspiration divine paraît-il, quand cesseras-tu de courir les yeux bandés ?
 


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